Jeux asiatiques d’hiver en Arabie saoudite : un scandale humain et une aberration écologique

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« Il n’y a plus de saison », se lamentait tout paysan de bon sens bien avant la médiatisation de l’accélération des changements climatiques. Et voilà qu’il n’y a plus de saisons sportives. Réveillés sur le tard, les activistes n’ont pas fini d’appeler au boycott de la phase finale de la Coupe du monde de football organisée au Qatar – mondial qui, lui aussi, rebat les cartes des saisons estivales et hivernales – que les Jeux asiatiques d’hiver 2029 viennent d’être attribués, par le Conseil olympique d’Asie (OCA), à l’Arabie saoudite… L’événement qatari de 2022 et la manifestation saoudienne de 2029 suscitent une indignation aux ressorts similaires.

Primo, les militants des droits humains de tout poil s’irritent de voir associer le sport – vecteur de paix, d’égalité, de fair-play et de partage – à des régimes qui font peu cas des droits fondamentaux, en particulier lorsqu’il s’agit de construire, en urgence, les infrastructures desdites rencontres internationales. Selon le quotidien britannique The Guardian, 6 500 ouvriers seraient morts sur les chantiers de la prochaine coupe du monde pour que les mégastars du ballon rond puissent dribbler sur une pelouse épaisse. Or l’Arabie saoudite du prince héritier Mohammed Ben Salman n’est guère plus à cheval sur les droits humains que l’émirat voisin…

Mégapole futuriste pharaonique

Le deuxième ressort de la contestation du mondial 2022 et des jeux de 2029 est d’ordre écologique. Les Jeux asiatiques d’hiver comprennent 28 épreuves sur neige et 19 sur glace, comme le ski, le snowboard, le hockey ou le patinage artistique. Sur le plan climatique, même si la neige s’invite parfois dans le désert saoudien de Tabuk, les températures dépassent, en Arabie saoudite, les 40 °C, pendant plusieurs mois consécutifs.

Abasourdis par la prochaine climatisation de stades à ciel ouvert, au Qatar, les lanceurs d’alertes environnementales craignent déjà une aberration écologique similaire en 2029. C’est Neom, une mégapole futuriste pharaonique déjà en construction pour un budget estimé à 500 milliards de dollars, qui devrait abriter, dans le désert du nord-ouest du royaume, les principales rencontres de ces jeux d’hiver.

Le comble est que la contribution du Qatar et de l’Arabie saoudite au dérèglement environnemental aura des effets néfastes sur les autres compétitions sportives qui, elles, s’adaptent aux températures ambiantes du cycle naturel des saisons. Déjà, des sportifs souffrent de canicules répétées et de pénuries de neige. Quand la géopolitique des pétrodollars joue avec le sport pour pénaliser le sport

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