Inde : un leader de l’opposition jeté en prison à un mois des législatives

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Inde : un leader de l’opposition jeté en prison à un mois des législatives

C’est un nouveau coup porté à l’opposition à Narendra Modi. Ce jeudi, un tribunal de Delhi a prolongé de quatre jours la mise en détention d’Arvind Kejriwal, le ministre en chef de la capitale indienne. Le 21 mars, le Directorate of Enforcement (ED), l’agence gouvernementale chargée des crimes financiers, avait procédé à l’arrestation de Kejriwal. Son gouvernement est accusé d’avoir perçu des pots-de-vin dans le cadre de l’attribution de licences de vente d’alcool dans la capitale entre 2021 et 2022.

L’homme aux lunettes et à la fine moustache a toujours nié ces accusations ayant déjà conduit à l’arrestation de son adjoint, Manish Sisodia, emprisonné depuis février 2023. Pour les soutiens de Kejriwal, l’arrestation du ministre en chef de Delhi vise à affaiblir et museler les adversaires politiques de Modi, et ce à quelques semaines seulement des élections législatives. L’Aam Aadmi Party (AAP), le parti d’Arvind Kejriwal, a en effet intégré la coalition de partis d’opposition qui va affronter Narendra Modi lors des élections législatives au printemps.

Une « conspiration politique »

« C’est une conspiration politique », a dénoncé Kejriwal avant sa comparution devant le tribunal ce jeudi. « Le Directorate of Enforcement a deux objectifs : écraser l’AAP et faire du racket », a expliqué le politicien. Il a expliqué qu’il n’allait pas démissionner et continuerait de diriger Delhi depuis sa cellule, malgré les pressions du Bharatiya Janata Party (BJP), le parti au pouvoir. « Montrez-nous un seul exemple dans le monde de quelqu’un qui gouverne depuis la prison. S’il vous reste une once d’éthique, démissionnez », a appelé Virendra Sachdeva, le président de la branche du BJP de Delhi.

Agé de 55 ans, Arvind Kejriwal a fondé l’AAP en 2012 en proposant un programme anticorruption dirigé contre le BJP, le parti au pouvoir depuis 2014, mais aussi contre le Parti du Congrès, le parti historique des Nehru-Gandhi qui a dirigé l’Inde pendant plusieurs décennies. En 2015, à la surprise générale, il a remporté les élections locales à Delhi, infligeant le premier revers dans les urnes à Narendra Modi. Kejriwal a été réélu en 2020. L’AAP est également au pouvoir dans l’Etat du Pendjab depuis 2022.

Instrumentalisation des agences

L’arrestation de Kejriwal est le dernier exemple d’une longue liste d’arrestations visant des figures de l’opposition. Plusieurs adversaires de Narendra Modi estiment que le gouvernement fédéral de Delhi instrumentalise les agences gouvernementales pour cibler les opposants politiques. 

Les statistiques leur donnent raison : 90 % des personnes visées par des perquisitions ou des enquêtes menées par l’ED depuis 2014, soit la date d’accession au pouvoir de Modi, appartiennent aux partis d’opposition.

Cela s’est accéléré à mesure que les élections législatives se rapprochent. En fin d’année dernière, l’ED avait procédé à la convocation ou à l’arrestation des leaders de l’opposition dans pas moins de 5 Etats . En janvier, Hemant Soren, le ministre en chef du Jharkhand, a lui aussi été interpellé par l’ED. Il a dû démissionner. M.K. Stalin, le ministre en chef du Tamil Nadu, membre du bloc d’opposition, a pris la défense de Kejriwal en déclarant que son arrestation ressemblait à « une chasse aux sorcières ».

Les Etats-Unis protestent

L’arrestation d’Arvind Kejriwal, un mois à peine avant le début des élections générales, a fait réagir les alliés de l’Inde, qui d’habitude s’abstiennent de commenter la vie politique intérieure du pays. En début de semaine, le département d’Etat américain a appelé New Delhi à garantir une « procédure judiciaire impartiale, transparente et dans les meilleurs délais » à Kejriwal, ce qui a agacé le gouvernement indien. « Nous nous opposons fermement à ces remarques », a réagi le ministère indien des Affaires étrangères dans un communiqué. « En diplomatie, les Etats sont censés respecter la souveraineté et les affaires intérieures des autres. »

Une diplomate américaine en poste à Delhi a dans la foulée été convoquée par les autorités indiennes. La semaine dernière, l’Allemagne avait elle aussi exprimé des inquiétudes sur l’arrestation du « Chief Minister » de Delhi. Le numéro 2 de l’ambassade allemande a lui aussi été convoqué.

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