Ram Mandir : pourquoi ce temple hindou est-il au coeur d’une controverse majeure de l’histoire indienne ?

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Ram Mandir : pourquoi ce temple hindou est-il au coeur d’une controverse majeure de l’histoire indienne ?

Il s’agit d’un enjeu crucial pour les nationalistes indiens au pouvoir : Ram Mandir, temple dédié à la divinité Rāma, sera inauguré le 22 janvier 2024, à l’approche des élections législatives. L’ouverture de ce temple est l’aboutissement d’une controverse massive de l’Inde indépendante, qui a entraîné des émeutes et pogroms dans les 30 dernières années.

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Le Râmâyana, écrit fondamental de l’hindouisme

Les sources de cette polémique remontent au premier millénaire avant Jésus-Christ avec le Râmâyana, un des écrits fondamentaux de l’hindouisme. Ce texte, dont la datation varie entre le huitième et le troisième siècle avant notre ère selon les versions, mentionne le lieu naissance de Rāma, une divinité centrale de l’hindouisme, qui aurait vu le jour à Ayodhya, au nord de l’Inde.

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Mais en 1527, l’empire moghol érige la mosquée de Babri sur le lieu de naissance présumé de Rāma, en détruisant possiblement un temple dédié à cette divinité : un acte dont les conséquences vont jouer un rôle important dans l’Inde indépendante.

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« La question de la mosquée de Babri est un enjeu identitaire pour les hindouistes qui se développe à la fin du XIXe siècle », souligne Charlotte Thomas, politiste rattachée au centre de recherches indépendant Noria Research, autrice de Pogroms et Ghettos. Les musulmans dans l’Inde contemporaine, aux éditions Khartala.

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Ces hindouistes utilisent la religion hindoue pour des revendications politiques, se détachant des croyants désignés sous le terme d’hindous ; ils réclament dans le cas d’Ayodhya la construction d’un temple dédié à Rāma là où se tient la mosquée, l’État indien achetant les lieux après l’Indépendance.

Une lutte de premier plan dans l’Inde moderne

« À partir des années 80 notamment, la campagne pour la destruction de la mosquée est un point phare pour rallier de l’électorat : la question de la mosquée de Babri et le développement de l’hindouisme en politique sont consubstantiels », explique Charlotte Thomas.

« Le BJP [parti hindouiste de Narendra Modi, aujourd’hui au pouvoir] organise alors des pèlerinages à travers toute l’Inde avec pour mot d’ordre de mobiliser des personnes et des briques pour détruire la mosquée de Babri. »

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La situation dégénère en 1992, une foule hindouiste finissant par raser la mosquée de Babri : cet évènement marque le début d’émeutes intercommunautaires causant la mort de 900 personnes. S’ouvre alors le dossier du futur du site et de son utilisation pour la construction d’un temple, d’une mosquée, ou de plusieurs édifices religieux.

Un autre incident majeur survient en 2002 dans le sillage de cette question : un feu se déclenche dans un train de militants du Gujarat revenant d’Ayodhya, causant 56 morts. « Cet accident, dont on ne connaît pas le déroulé, cause sous les auspices de l’actuel Premier ministre Narendra Modi des pogroms anti-musulmans, pas simplement des émeutes : il s’agit de pogroms préparés, on attendait une étincelle« , note Charlotte Thomas. Le bilan humain est de 2 000 morts et quelque 150 000 déplacés au Gujarat.

Une première décision, prise par la cour d’Allahabad (actuelle Prayagraj) en 2010, divise la zone en 3 parcelles, consacrées à deux associations hindoues et une musulmane, pour construire des édifices religieux. Ce jugement est cassé face à l’insatisfaction de chacune des communautés, reléguant la décision à la Cour suprême indienne.

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Celle-ci tranche en 2019 en faveur des hindous, mais accorde le droit aux musulmans de bénéficier d’un autre terrain pour construire une mosquée. « On ne peut pas savoir si Modi, arrivé au pouvoir en 2014, a eu une influence, mais plusieurs verdicts récents sont des décisions politiques vont dans le sens du pouvoir, alors que la Cour Suprême était une instance réputée pour sa capacité à maintenir l’état de droit« , note Charlotte Thomas.

Un outil pour les élections législatives

En construction depuis 2020, Ram Mandir doit être inauguré le 22 janvier 2024 : une date qui n’est probablement pas choisie au hasard. « Ce temple est un enjeu crucial identitaire, qu’on inaugure 4 jours avant la fête nationale indienne », remarque Charlotte Thomas.

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« Cette ouverture survient dans un contexte de 40 ans de socialisation massive à l’hindouisme politique : le temple de Rāma est un élément parmi d’autres dans ce changement d’hégémonie, qui n’est plus une hégémonie séculariste mais hindouiste. »

L’Inde sous Modi a en effet mis en place un favoritisme de facto pour les hindous, qui est entré dans la loi en 2019 avec un amendement sur la citoyenneté : ce dernier favorise l’accueil de réfugiés de certaines religions du Pakistan, du Bangladesh et d’Afghanistan, mais ne mentionne pas les musulmans, créant une disparité de fait.

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Ram Mandir doit par ailleurs être inauguré en présence de Modi, qui a lancé les travaux en 2020, le tout peu de temps avant les élections législatives indiennes d’avril et mai 2024. « Il faut noter que Ram Mandir fait aussi apparaître des limites de l’instrumentalisation identitaire« , souligne cependant Charlotte Thomas.

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« La Hindu Mahsabah, qui a milité pendant des années pour la construction de Ram Mandir, va boycotter l’inauguration à cause de l’utilisation politique d’un lieu sacré. On voit donc que des lignes de failles, bien que maigres, existent ».

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