Madeleine Riffaud, 99 ans : une figure de la Résistance escroquée, mais toujours debout

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Madeleine Riffaud, 99 ans : une figure de la Résistance escroquée, mais toujours debout

Toute sa vie, Madeleine Riffaud aura décidément endossé le rôle de l’empêcheuse de tourner en rond. Que ce soit par choix ou à son corps défendant, elle aura toujours appuyé là où ça fait mal. Les derniers épisodes en date font partie, aucun doute n’est permis là-dessus, de ceux dont elle se serait volontiers dispensée.

Elle les utilise pourtant – à 99 ans aujourd’hui comme à 16 ans hier, quand elle fit ses premiers pas dans la Résistance – pour leur donner du sens, un sens politique, et servir l’intérêt de tous. « Si cela m’arrive à moi, c’est que ça arrive aussi à beaucoup d’autres personnes ! Et toutes n’ont pas ma voix ! » écrivait-elle fin novembre, dans un appel intitulé « Les héros meurent seuls ».

Un rappel des faits s’impose. Aujourd’hui s’ouvre, devant la 13e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris, le procès pour abus de confiance de celle qui, pendant douze ans, a bénéficié – et probablement abusé – de la confiance de Madeleine Riffaud. Aveugle, confrontée comme beaucoup au problème de la perte d’autonomie, elle a opté en 2011 pour un maintien à domicile. Elle bénéficiait à ce titre de l’intervention régulière, devenue quotidienne, d’une accompagnatrice, qui comparaît aujourd’hui.

« Je ne vous dis pas la teneur des objets qui ont été achetés avec mon argent… »

C’est l’arrêt du fleurissement de la tombe des parents de Madeleine Riffaud, à Folies (Somme), qui constitua un signal d’alarme pour ses proches et les incita à déposer plainte, en février 2022. L’enquête ouverte par le parquet de Paris révéla un préjudice estimé à plus de 140 000 euros par celle qui effectuait des achats avec la carte bancaire de Madeleine Riffaud.

Aucun de nature alimentaire pendant plusieurs mois entre 2015 et 2021, mais en revanche des dépenses somptuaires au restaurant, chez le coiffeur, l’esthéticienne, dans des magasins de vêtements, de croquettes pour chat, ou pour une machine à eau gazeuse… « Je ne vous dis pas non plus la teneur de certains objets qui ont été achetés avec mon argent, vous rougiriez », précise malicieusement la nonagénaire dans son appel de novembre, avec l’humour dont elle ne s’est jamais départie.

Madeleine Riffaud n’a rien perdu de l’acuité intellectuelle qui a toujours été la sienne – ni de son sens de la formule. Devenue dépendante en septembre 2022, après un passage à l’hôpital dont elle avait déjà dénoncé publiquement les conditions, contrainte de rester « 24 heures sur le même brancard, sans rien manger, dans un no man’s land », ayant dû attendre « douze heures pour obtenir la moitié d’un verre d’une eau douteuse », elle lance dernièrement, dans le Républicain lorrain : « Le procès, je m’en fiche complètement. C’est une amie qui m’a trompée. (…) Tout ce que je souhaite, c’est qu’elle ne puisse plus exercer, pour ne pas faire de mal aux autres. »

« Dis donc, tu vas enfin l’ouvrir, ta gueule ? » lui lance Raymond Aubrac

Cela n’empêche pas ceux qui l’aiment de s’inquiéter : « Les frais médicaux, sa prise en charge à domicile et les cotisations Urssaf (…) représentent trois fois sa pension de retraite », alerte ainsi Jean-David Morvan, le scénariste de Madeleine, résistante, la BD publiée par Dupuis qui retrace merveilleusement la vie de l’héroïne (et dont le deuxième tome est sorti en septembre). « Son assurance-vie sera épuisée », dans six mois, précise-t-il aussi. L’idée est surtout que Madeleine Riffaud ne soit pas forcée de vendre son appartement parisien, dont elle souhaite faire le support d’une fondation : « Cette triste affaire, conclut-elle, pourrait donc aussi voler une partie de la mémoire de la Résistance. »

Une perspective à laquelle elle ne saurait se résoudre, elle qui avait attendu, pour commencer à témoigner auprès des jeunes générations, qu’un certain Raymond Aubrac lui lance, en 1994, à l’occasion du cinquantenaire de la Libération, un retentissant : « Dis donc, tu vas enfin l’ouvrir, ta gueule ? » Il faut donc souhaiter que le courant de solidarité suscité par son appel lui permette de continuer à le faire, alors qu’en août 2024, on fêtera à la fois ses 100 ans et les 80 ans de la Libération de Paris.



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