La France et le Maroc renouent le dialogue après plusieurs mois de crispations

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La France et le Maroc renouent le dialogue après plusieurs mois de crispations

Publié le 9 déc. 2022 à 17:51Mis à jour le 9 déc. 2022 à 17:52

C’est un dégel très attendu. Paris et Rabat ont brusquement renoué le dialogue il y a quelques semaines après plusieurs mois de crispations. Selon plusieurs sources, Emmanuel Macron et le roi Mohammed VI ont échangé par téléphone le 1er novembre en vue d’une visite d’Etat du président français, prévue depuis plusieurs années déjà, qui devrait avoir lieu en tout début d’année 2023.

Pour préparer cette visite d’Etat – le plus haut degré protocolaire -, la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna est attendue dans la capitale marocaine jeudi et vendredi prochains. Au cours d’un entretien prévu avec son homologue marocain Nasser Bourita, les ministres « évoqueront tous les sujets de la relation bilatérale », a indiqué une porte-parole du Quai d’Orsay.

Parmi ces sujets, certains fâcheront sans nul doute. Après les révélations de l ‘affaire Pegasus l’an dernier (le Maroc aurait mis sur écoute un millier de Français, dont des téléphones d’Emmanuel Macron), deux dossiers ont empoisonné la relation entre la France et le Maroc cette année.

La « blessure » des visas

La réduction drastique du nombre de visas accordés par Paris aux pays du Maghreb, depuis plus d’un an, est vécue comme « une blessure pour les Marocains », estime Abdelmalek Alaoui, président de l’Institut marocain d’intelligence stratégique, un think tank basé à Rabat. Cette décision a été prise par Paris pour protester contre la réticence du royaume à réadmettre ses ressortissants en situation irrégulière dans l’Hexagone.

Mais elle a suscité un fort ressentiment des Marocains – comme chez les Algériens et Tunisiens – notamment parmi ceux habitués aux allers-retours avec la France pour des raisons professionnelles ou familiales. L’appel entre Emmanuel Macron et Mohammed VI aurait permis de débloquer le dialogue entre les ministres de l’Intérieur des deux pays.

La question du Sahara occidental est bien plus épineuse. Dans ce conflit vieux de près d’un demi-siècle, le Maroc s’oppose à la solution onusienne d’un référendum d’autodétermination, arguant des interférences d’Alger, qui soutient les indépendantistes du Front Polisario. Rabat attend de ses alliés un soutien clair à son plan présenté en 2007 qui prévoit une large autonomie à cette province qui serait sous souveraineté marocaine. « La question du Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc regarde le monde », a prévenu le roi Mohamed VI en août.

Nouvel ambassadeur français

Les Etats-Unis ont franchi le cap fin 2020, l’Espagne et l’Allemagne cette année. Mais la France marche sur des oeufs, soucieuse de ménager à la fois Alger et Rabat. Elle s’en tient à une position de compromis : le plan d’autonomie marocain est jugé non comme « la meilleure solution », mais comme « une base de discussions sérieuse et crédible en vue d’une solution négociée ». ​Le déplacement d’Emmanuel Macron sera-t-il l’occasion d’une clarification de la position française ? Rien n’est moins sûr, alors que la France et l’Algérie ont affiché leur volonté de relancer leur coopération ces derniers mois. Une lune de miel fraîchement accueillie à Rabat.

Dans ce contexte, la France comme le Maroc n’avaient plus d’ambassadeurs réciproques depuis fin septembre. Signe d’une reprise du dialogue, le Quai d’Orsay a annoncé jeudi soir que le nouvel ambassadeur de France avait reçu ses agréments des autorités marocaines. Il s’agit de Christophe Lecourtier , actuel directeur général de Business France. Il pourrait être déjà en poste pour accueillir Catherine Colonna jeudi à Rabat.

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