La France touchée par trois épidémies concomitantes

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La France touchée par trois épidémies concomitantes

La bronchiolite toujours là, le Covid en hausse, et la grippe qui gagne du terrain… C’est à ce cocktail explosif que le système de santé est confronté depuis quelques jours. « Prise séparément, chacune de ces épidémies est dangereuse, alors la conjonction des trois, vous imaginez ce que cela signifie pour les hôpitaux, déjà bien en peine… », s’inquiète le professeur Yves Buisson, épidémiologiste à l’Académie nationale de médecine.

Après avoir multiplié les appels à la prudence ces derniers jours, Santé publique France a fini par tirer la sonnette d’alarme, samedi 3 décembre. Cette « triple épidémie » est « complètement inédite » et la situation pleine d’« incertitudes », ont averti les experts. « La circulation concomitante de la grippe et du virus respiratoire syncytial (à l’origine de la bronchiolite) est habituelle, rappelle Yannick Simonin, virologue à l’université de Montpellier. Ce qui est nouveau, c’est que le Sars-CoV-2 vient s’y ajouter. »

En l’occurrence une neuvième vague, portée en partie par BQ.1.1, un sous-variant d’Omicron. D’après Santé publique France, plus de 40 000 nouveaux cas de Covid ont été enregistrés le 4 décembre, soit une augmentation de 6,2 % en une semaine. « Certes, cela crée moins d’embouteillages dans les hôpitaux, même si cela continue d’entraîner des hospitalisations et des passages en réanimation », soulève Yannick Simonin.

La bronchiolite, elle, continue de provoquer de nombreuses hospitalisations chez les enfants de moins de 2 ans. Quant à la grippe, elle s’est déjà installée en Bretagne et en Normandie, et d’autres régions sont sur le point d’atteindre le seuil épidémique. Sans visibilité aucune sur les pics respectifs de ces épidémies, qui pourraient intervenir au même moment.

Pour Yannick Simonin, cette « triple épidémie » découle en grande partie de la banalisation du Covid. « On ne met pas ou peu le masque, l’adhésion aux gestes barrières est faible, ce qui favorise la circulation du Sars-CoV-2 mais aussi des autres virus respiratoires. »

La vaccination patine

Le professeur Yves Buisson pointe surtout le manque d’anticipation des autorités sanitaires. « On ne savait pas que les trois épidémies arriveraient pile en même temps, mais on pouvait le craindre. Quant à la grippe, on avait des signes avant-coureurs d’une épidémie plus précoce et sévère depuis un mois déjà », souligne l’épidémiologiste, qui s’inquiète surtout des co-infections. « La gravité et la mortalité sont plus élevées chez les patients qui sont infectés par le Covid et la grippe », alerte-t-il.

D’autant que la vaccination patine, faisant craindre une faible immunisation de la population. « La campagne contre la grippe a démarré tardivement, et la couverture est assez faible, plus encore que l’an dernier », indique Yannick Simonin. Quant à la dose de rappel contre le Covid, environ 10 % des plus de 60 ans l’ont reçue. « Un flop », déplore Yves Buisson.

À trois semaines de Noël revient donc la sempiternelle question : pourra-t-on se réunir normalement ? « À ce stade, rien n’est inévitable, rassure Yannick Simonin. À condition, dit-il, de renouer avec les gestes barrières et de protéger les personnes fragiles. « Il est encore temps de se faire vacciner pour être protégés à Noël. » Le ministre de la santé François Braun songe à rétablir le port du masque obligatoire. « Ma main ne tremblera pas », a-t-il assuré dimanche, sur BFM.

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