Intimidations à domicile, données privées… France Soir et Idriss Aberkane, l’inquiétante dérive

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Intimidations à domicile, données privées… France Soir et Idriss Aberkane, l’inquiétante dérive

Les théories conspirationnistes sont longtemps restées confinées aux discussions privées de petits groupes. Mais depuis quelques années et en particulier depuis la crise du Covid, elles connaissent une ascension matérialisée par une porosité toujours plus grande avec « le monde réel », à travers des manifestations, voire des actions violentes. 

Un phénomène illustré par la récente campagne de dénigrement menée par le youtubeur-conférencier Idriss Aberkane et Xavier Azalbert, le directeur de la publication du blog France Soir qui vient de perdre son agrément de la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) pour « défaut d’intérêt général » et « atteinte à la protection de la santé publique » et n’est donc plus considéré comme un site d’information en ligne, comme l’a révélé Mind Media le 30 novembre. Si ces deux figures des sphères complotistes francophones s’en étaient déjà pris aux médias et personnalités civiles qui dénoncent leurs méthodes et les fausses informations qu’ils diffusent, leurs récentes attaques ciblant Antoine Daoust, le directeur de la publication du site de vérification des faits Fact & Furious et Rudy Reichstadt, politologue et directeur de Conspiracy Watch, un site spécialisé dans l’observation du complotisme, marquent une dérive inédite. 

Instrumentalisation d’un divorce conflictuel

Le premier acte a pris forme le 22 novembre, lorsque Idriss Aberkane a diffusé, sur sa chaîne Youtube, un entretien avec Malika Daoust, la femme d’Antoine Daoust. Cette dernière accuse son mari, qui vient de demander le divorce, de « coups et blessures » et annonce avoir porté plainte contre lui. Si le youtubeur fait mine de s’intéresser à cette affaire personnelle sur laquelle la justice va se pencher, c’est principalement pour tisser des liens avec les activités professionnelles d’Antoine Daoust. Idriss Aberkane le soupçonne en effet de « collusion » avec l’AFP Factuel, la rubrique de vérification des faits de l’Agence France Presse qui aurait couvert ces violences supposées, et plus globalement avec un « le réseau des fact-checkers » qui agirait de manière organisée sur ordre de « commanditaires » tout en pratiquant « l’omerta » sur les accusations de violences conjugales, se rendant ainsi coupable d’un comportement « presque mafieux ».  

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Les accusations et insinuations proférées par Idriss Aberkane lors de cette interview, relayées quelques heures plus tard par Xavier Azalbert, n’étaient étayées d’aucune preuve, quand elles n’étaient pas tout simplement mensongères, comme l’a déjà expliqué le quotidien Libération. Mais elles ont engendré une vague massive de harcèlement à l’encontre d’Antoine Daoust, qui a reçu des centaines de messages d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux. Cette instrumentalisation manifeste d’un divorce conflictuel afin de révéler un soi-disant complot a par la suite été relayée par Sud Radio et la radio d’extrême droite Radio Courtoisie, qui ont invité Xavier Azalbert et Idriss Aberkane. Didier Raoult, l’ex-directeur de l’IHU de Marseille, a également partagé la vidéo d’Aberkane sur son compte Twitter. « Cela a amplifié la vague de harcèlement sur Twitter », constate Antoine Daoust, interrogé par L’Express. 

Lors de son interview sur Radio Courtoisie, Xavier Azalbert affirme avoir récupéré l’ordinateur familial d’Antoine et Malika Daoust, qui était resté au domicile de cette dernière. Sur Twitter, des partisans du blog complotistes expliquent siphonner « avec France Soir«  les disques durs grâce à un logiciel afin de récupérer les documents effacés et des informations censées mettre à jour un complot médiatique de « blanchiment de l’information » impliquant l’Agence France Presse, l’Elysée, les services de renseignement français, le ministère de la Culture, et plus globalement une grande partie de la presse. Des documents mêlant vie professionnelle et personnelle sont ensuite diffusés sur les réseaux sociaux, certains directement par Xavier Azalbert. Si aucun ne permet de prouver un quelconque complot, ils alimentent en revanche une entreprise de dénigrement particulièrement violente.  

Parmi ces documents, des ordonnances médicales d’Antoine Daoust, un courrier administratif faisant état de sa situation financière, une photo d’une personne présentée comme sa nouvelle compagne (ainsi que son identité et la mention de son compte Twitter), un document – depuis supprimé – mentionnant cette fois l’adresse du domicile de Malika Daoust, mais aussi une partie de l’historique des appels téléphoniques du directeur de Fact and Furious, ou encore des conversations privées avec ses pigistes ainsi que leurs contrats de travail. Dans l’une de ces conversations, une personne publiant sous pseudonyme indiquait vouloir mettre un terme à la collaboration de peur d’être harcelée si elle révélait sa véritable identité. Contactée par L’Express, cette dernière confirme sa grande inquiétude et affirme avoir déposé une main courante, tout en déplorant l’inaction de la police et de la justice.  

Antoine Daoust reçoit la visite à son domicile d’un inconnu

Cet épisode ne surprend malheureusement pas, puisque France Soir a déjà hébergé un appel à décapiter les scientifiques et médecins qui critiquent le professeur Raoult. Il a néanmoins pris une tournure particulièrement inquiétante puisque le lendemain de la publication de la vidéo d’Idriss Aberkane, mercredi 23 novembre, Antoine Daoust reçoit la visite à son domicile d’un inconnu. « Cette personne s’est présentée comme étant Christophe Marchand, un médiateur conjugal, et je l’ai laissé entrer », explique le directeur de la publication de Fact and Furious. Le mystérieux personnage avoue quelques minutes plus tard ne pas être médiateur conjugal, mais un entremetteur envoyé par « des personnes » se proposant de racheter le site Fact and Furious en échange de l’arrêt des poursuites judiciaires.  

Le lendemain, jeudi 24 novembre, Antoine Daoust se rend à la gendarmerie de Grenade-sur-Garonne pour déposer une main courante. Il reçoit, au même moment, un appel de « l’entremetteur ». Mise sur haut-parleur, la conversation est écoutée et consignée par les gendarmes. Christophe Marchand avoue être Gérard Camberlin, une figure active du complotisme en France, et propose un nouvel entretien téléphonique. Il rappelle à 14h54 et indique être « en présence de Xavier Azalbert ». La conversation de dix-huit minutes enregistrée, que L’Express a pu écouter, est surréaliste. La personne se présentant comme le directeur de la publication de France Soir affirme ne pas vouloir se mêler de sa vie privée et condamne les menaces qu’il reçoit – alors même qu’une partie provient justement des informations diffusées par France Soir – et propose à Antoine Daoust de « collaborer » avec lui et de racheter la société Fact & Furious, en échange de quoi il promet de faire « stopper toutes les procédures judiciaires » à son encontre. Antoine Daoust refuse la proposition. A L’Express, il confie avoir porté plainte contre son épouse, Idriss Aberkane, Xavier Azalbert, et projette d’attaquer en justice Didier Raoult. 

Ces faits ont poussé Antoine Daoust à fermer son site Fact and Furious, mais aussi tous ses comptes sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter afin de faire cesser le harcèlement en ligne. Craignant pour sa sécurité, il a également quitté son domicile et dort désormais à l’hôtel et dans des Airbnb. Les pratiques dénoncées de Xavier Azalbert et les personnalités sulfureuses qui l’entourent ont en effet de quoi inquiéter. Gérard Camberlin, patron d’un PMU, a été interné en hôpital psychiatrique lors du premier confinement après avoir menacé l’Etat d’actions violentes. Il est aussi l’administrateur de « Table700 », un petit groupe Facebook qui affirmait détenir une intelligence qui a désigné Richard Boutry – une autre figure du complotisme français – comme l’élu qui doit sauver la France de la dictature sanitaire. Il est, encore, un grand partisan du « tribunal populaire » qui sera chargé, une fois que « le peuple » sera au pouvoir, de juger, voire d’exécuter tous les traîtres.  

« Leur opération a pour but de faire perdre du temps et ça marche »

S’il n’est pas possible de savoir si Xavier Azalbert comptait réellement racheter Fact and Furious, son blog France Soir vient de perdre son agrément CPPAP… que Fact and Furious possédait avant sa fermeture. Cet agrément permet notamment de bénéficier de certaines réductions et exonérations d’impôt, dont un abattement sur les cotisations sociales et les frais professionnels des journalistes, un taux de TVA réduit sur les ventes de contenus d’informations et l’exonération de la taxe professionnelle. Le rachat de Fact and Furious lui aurait permis d’en bénéficier. S’il n’a pas pu racheter le site d’information d’Antoine Daoust, Xavier Azalbert a annoncé, deux jours avant l’annonce de la perte de son agrément CPPAP, la création de Fact and SERIOUS, un nouveau blog singeant Fact and Furious tout en reprenant les couleurs de France Soir. Le service de recherche « Whois » confirme que le nom de domaine FactandSERIOUS.fr a bien été acheté par Xavier Azalbert.  

La première « révélation » de ce nouveau site, teasée sur Twitter, vise cette fois Rudy Reichstadt. Le procédé est similaire à celui employé contre Antoine Daoust, puisque, là encore, de nombreuses informations privées sont dévoilées, notamment l’identité de sa conjointe. « De fausses informations à caractère diffamatoire sont tenues à son sujet », dénonce Rudy Reichstadt. Selon lui, cette suite de tweets mélange des informations exactes (comme sa date de naissance, son diplôme de l’IEP d’Aix-en-Provence, la date de son PACS) avec des informations erronées et des allégations trompeuses ou mensongères. Le directeur de Conspiracy Watch explique, par exemple, n’avoir jamais acheté un appartement en cash. « Il s’agit d’une allégation dont le but est de suggérer que j’ai obtenu des financements occultes. » Il conteste également avoir été présenté au président de la République Emmanuel Macron en 2019 « grâce à un ‘réseau confessionnel' ». « Je l’ai rencontré pour la première fois dans le cadre de la commission Bronner, à l’Elysée, fin septembre 2021. Compte tenu du contexte et des violentes attaques antisémites dont je suis la cible, cela revêt une dimension clairement antisémite », affirme-t-il. Il rejette, encore, l’accusation de liens avec le MoDem qui aurait subventionné Conspiracy Watch à hauteur d’environ 20 000 euros. « Il n’a jamais été question que Conspiracy Watch soit subventionné, de près ou de loin, par un quelconque parti politique, le MoDem ou un autre », ajoute-t-il. A L’Express, Rudy Reichstadt indique avoir porté plainte contre Xavier Azalbert. 

En attendant, le patron de France Soir et Idriss Aberkane ont annoncé leur intention de poursuivre leurs « enquêtes » contre les « officines » qui ont dénoncé leurs méthodes afin de les « incriminer ». « Leur opération a pour but de salir, de faire perdre du temps et énergie et ça marche, estime Rudy Reichstadt. Ils suivent l’adage ‘Mentez, calomniez, il en restera toujours quelque chose’. Ces campagnes de dénigrement, relayées par Sud Radio et Radio Courtoisie, et applaudies par le médias en 4-4-2, proche d’Alain Soral, et Démocratie participative, qui est ouvertement nazi, va à mon avis s’intensifier : nous assistons à un chaos informationnel, avec des méthodes complètement asymétriques… Jusqu’au jour ou quelqu’un va se suicider, parce que c’est la logique de ces opérations extrêmement violentes. » 


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