Santé : dans l’océan Indien, un effort régional de recherche sur les maladies d’origine animale – Jeune Afrique

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Bien avant le Covid-19, il y avait eu le chikungunya. Transmis par les moustiques, ce virus venu d’Afrique de l’Est avait d’abord gagné les Comores avant de frapper La Réunion, en 2005 et 2006, infectant 30 % de la population de l’île et faisant plus de 200 victimes. C’est en partie après cette crise qu’est née l’idée de créer un réseau de recherche sur les maladies animales transmises à l’homme dans la zone de l’océan Indien.

Le projet a été initialement porté par les Français du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), dont fait partie Thierry Baldet, entomologiste et l’un des responsables de ce qui est depuis devenu le dispositif régional One Health. « L’idée de départ était de monter un réseau de surveillance sur ces maladies dans le contexte très particulier de l’océan Indien, explique le médecin. C’est une zone très hétérogène, avec des pays comme Maurice qui comptent parmi les plus avancés d’Afrique et d’autres qui le sont beaucoup moins. Sur le plan sanitaire, la particularité de la région réside dans sa forte connexion avec l’est du continent : il y a beaucoup d’échanges, y compris dans le domaine des pathogènes, et ce qui existe au Kenya ou en Tanzanie finit par arriver aux Comores, puis à La Réunion. »

Menaces sans frontières

Ainsi est donc né un premier projet, baptisé Animal Risk-OI, visant à pister les désormais fameuses zoonoses, ces maladies animales qui se transmettent à l’homme. Dès le départ, l’idée était d’inciter les États de l’océan Indien à s’emparer, à terme, du dispositif et à le faire vivre collectivement. Ce qui a été fait avec la mise en place de plusieurs programmes sous l’égide de la Commission de l’océan Indien (COI), en particulier One Healh, qui réunit des institutions de santé – essentiellement publiques – de Madagascar, des Seychelles, des Comores, de Maurice, de Mayotte et de la Réunion.

« Nous définissons les priorités de recherche ensemble, précise Thierry Baldet. Nous échangeons beaucoup, nous coconstruisons des programmes, nous faisons des formations – dont certaines sont diplômantes, au niveau master ou thèse –, mais aussi des ateliers pour les professionnels, nous standardisons nos méthodes. » Il s’agit à la fois de réagir à des menaces sanitaires qui ne connaissent pas les frontières, mais aussi de se donner les moyens de travailler sur des maladies qui n’intéressent pas les nations de l’hémisphère nord, où elles n’existent pas. À l’image de la fièvre de la vallée du Rift, pour laquelle le réseau a développé un test de diagnostic rapide.

Un phénomène en expansion

Les deux années de pandémie de Covid-19 ont confirmé l’importance des travaux menés par le réseau, le monde entier prenant brutalement conscience du fait que les animaux étaient susceptibles de transmettre à l’homme des virus potentiellement mortels. « Nous n’allons évidemment pas crier victoire, résume le docteur Baldet. Mais il est vrai que cela fait vingt ans que nous travaillons sur le sujet des zoonoses, donc voir les plus hautes autorités mondiales prendre conscience de l’enjeu constitue un progrès. D’autant qu’après le Covid, nous avons vu arriver la variole du singe, et que cela ne va aller qu’en s’accélérant avec la perte de biodiversité, l’urbanisation, les voyages… »

Le scientifique souligne par exemple la recrudescence des cas de fièvre de Marburg ou de virus de Lassa, et note que, depuis vingt ans, les épisodes de transmission vers l’homme ne cessent de se multiplier. La préoccupation du moment : Mayaro, un virus de la forêt amazonienne qui commence à frapper les hommes, particulièrement en Guyane. Seule bonne nouvelle : avec One Health et d’autres organismes comparables, le dispositif de détection et d’analyse, cette fois, semble prêt. 

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