Voici ce que cache la colère

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Voici ce que cache la colère

 

Alors que certaines personnes sont capables de garder leur calme en toute circonstance, pourquoi d’autres, impulsives, s’emportent-elles à la moindre contrariété ? Explications avec Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne, contactée par Top Santé.

La colère n’est ni un trouble ni une pathologie psychique, il s’agit d’un sentiment. Un sentiment puissant et très difficile à contrôler. Elle a été décrite par Charles Darwin en 1872 comme une des six émotions primaires, parmi la joie, la tristesse, la peur, le dégoût et la surprise. Par l’action des codes sociaux et culturels, on apprend à contrôler sa colère.

Qu’est-ce que la colère ?

Johanna Rozenblum : La colère n’existe pas en tant que pathologie psychique, elle ne se diagnostique pas comme telle. Il s’agit bien d’une émotion qui s’exprime de façon plus ou moins intense et plus ou moins adaptée. Elle est toujours à comprendre au regard de la situation vécue par l’individu. Néanmoins, si la colère est envahissante au point de devenir un handicap dans les interactions sociales, au travail, entre amis, en famille, alors la colère peut être comprise comme la manifestation d’un autre trouble ou comme un symptôme.

La colère a-t-elle une fonction ? Laquelle ?

Toutes les émotions ont un sens, elles sont là pour nous éclairer et nous permettre de nous adapter ou chercher des solutions. La colère est un cri d’alarme qui signale, le plus souvent, un sentiment d’injustice ou le fait de ne pas se sentir entendu.

La colère peut-elle être un mécanisme visant à masquer une émotion que l’on juge honteuse ?

Si c’est le cas, elle manifeste encore une fois un inconfort concernant cette fois-ci notre propre agissement. Il faut alors pouvoir et oser comprendre ce qu’elle cache. La colère cache parfois la tristesse que l’on redoute davantage de ressentir.

Certains profils sont-ils davantage susceptibles de se mettre en colère que d’autres ?

Chez les personnes souffrant d’un trouble mental comme la personnalité borderline ou antisociale, on peut retrouver de la colère. Les personnalités narcissiques ou obsessionnelles font également preuve d’impulsivité et d’intolérance à la frustration.

Mais il s’agit là de troubles de la personnalité et non de personnalités impulsives ?

Effectivement, l’impulsivité n’est pas un diagnostic mais un trait de caractère. Selon le degré d’impulsivité et si celle-ci s’associe à d’autres symptômes, elle peut nous orienter vers un trouble de la personnalité ou une autre pathologie. L’impulsivité seule existe aussi et peut se travailler en psychothérapie, elle a souvent une histoire qui débute dans l’enfance.

Pourquoi est-on capable ou non de gérer la colère ?

La gestion des émotions est un apprentissage. Si l’individu n’a jamais appris à gérer ses émotions étant enfant notamment, alors il sera sans doute en difficulté sur cette question à l’âge adulte. Elle est aussi le fruit de notre personnalité de départ, de l’environnement social et éducatif dans lequel on a évolué mais aussi des événements que l’on a dû traverser.

C’est à dire ?

La colère comme toutes les autres émotions se raccroche à une histoire, un vécu subjectif et personnel. Si l’on n’en tient pas compte, si on ne la considère pas pour orienter nos choix par exemple, elle pourrait évoluer en frustration. Tout l’enjeu à ce moment-là est de savoir reconnaitre ses émotions, les accepter pour les verbaliser et les travailler au besoin. Ce travail est plus facile à appréhender si, dès l’enfance, nous avons été sensibilisés à nos émotions et si elles n’ont jamais été un tabou.

Comment expliquer les accès de colère ?

Les accès de colère sont le témoignage d’un débordement affectif que l’on pourrait assimiler à une perte de contrôle. Ils sont aussi désagréables pour ceux qui les subissent que pour ceux qui les vivent car ne pas maitriser ses émotions, c’est aussi ne pas savoir verbaliser autour de soi ce que l’on ressent. Les accès de colère incontrôlés sont le témoin d’un malaise interne qui n’est pas traité et qui s’exprime par projection sur l’autre. Il n’y a pas de déclencheur commun mais le sentiment de frustration, de ne pas être considéré ou de se sentir rejeté vient souvent exacerber des souffrances plus lointaines.

Pouvant mener à la violence verbale et physique ?

La colère à plusieurs formes: elle peut être dirigée contre les autres, on parle d’hétéroagressivité ou contre soi, on parlera d’autoagressivité (TS, scarification, trouble du comportement alimentaire…). Elle peut être verbalisée, physique (violence, insultes…) ou même psychologique (manipulation, humiliation…).

Quels conseils donner à une personne qui cherche à échapper à ses accès de colère ?

Les comprendre, c’est la clé. La colère est la manifestation « visible » d’une histoire, d’une souffrance. Pour comprendre et apprendre à gérer ses émotions, il faut savoir ce qu’elles disent de nous.

Quels conseils donner à une personne en colère ? Comment redescendre ?

Si la colère monte et que l’on ne parvient pas encore a bien en identifier l’origine, mieux vaut s’isoler un instant. Je conseille de respirer, revenir dans l’ici, le maintenant pour rationaliser : suis-je attaqué.e ou suis-je dans une situation qui vient réveiller en moi des sentiments douloureux comme l’injustice, la peur, la manipulation, l’incompréhension, la non-considération?

Quelles situations faut-il éviter quand on est en colère ?

Cela va dépendre de l’histoire de chacun. Néanmoins nous connaissons tous des situations favorables au sentiment de colère : les conflits, les invectives, les provocations…

Dans ces situations, la colère est normale non ?

La colère est « normale » dans le sens où elle est légitime puisque subjective. On ne peut pas dire à quelqu’un « tu ne devrais pas te mettre en colère » car si cette personne ressent cette émotion, c’est que dans la situation vécue, il y a quelque chose qui vient faire écho à son histoire. La colère peut être définie comme pathologique lorsque qu’elle conduit au délit ou à la violence bien sûr car elle est répréhensible. Elle est à ce stade, le signal d’une réaction disproportionnée et pathologique.

La colère peut-elle avoir des bénéfices ? Lesquels ?

Toutes les émotions sont sources d’informations et la colère ne fait pas exception. En général elle vient dire « tenez compte de moi, écoutez moi! ». Prendre conscience de ses émotions et des complications qu’elles occasionnent dans notre quotidien est un premier pas pour engager un travail avec un psychologue avec qui il sera possible de travailler l’histoire de l’émotion et trouver de nouveaux schéma pour apprendre à se réguler.

On parle parfois de colère saine. En quoi la colère peut-elle être saine ?

Lorsqu’elle permet de rétablir une justice, qu’elle est un moteur pour nous faire grandir, qu’elle nous pousse à nous interroger et à grandir alors oui la colère est saine car elle construit un avenir. Elle n’est alors plus destructrice.

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