une évasion met en lumière la fragilité du système pénitentiaire

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L’administration pénitentiaire a émis des avis d’évasion et de recherche pour retrouver les quatre détenus qui se sont évadés, le 22 août dernier, de la prison centrale de Ngaoundéré, dans la capitale régionale de l’Adamaoua. Les quatre hommes, tous de nationalité camerounaise, « se sont évadés à l’aide d’une corde de fortune fabriquée en utilisant des couvertures et des draps pour escalader la muraille », indiquent des sources aux services du gouverneur de l’Adamaoua. Cette évasion met en lumière la fragilité du système pénitentiaire camerounais qui connaît d’importantes difficultés.
Surpopulation, vétusté et/ou mauvais état de certaines infrastructures datant souvent de l’ère coloniale, manque de personnel, insuffisance du matériel de sécurité, conditions d’hygiène et des soins médicaux insuffisants, manque de nourriture, déshumanisation… sont notamment les maux qui minent ces lieux d’arrêt, où les évasions surviennent régulièrement.
Selon les estimations de la Commission des droits de l’Homme du barreau du Cameroun, les prisons du pays pouvaient accueillir jusqu’à 17 915 prisonniers. En septembre de l’année dernière, « la population carcérale totale était de 31 815 personnes, soit un taux d’occupation de 177 % supérieur à la capacité maximale », indique le département d’État américain dans un rapport sur l’état des droits de l’Homme en 2021 au Cameroun, rendu public le 6 juin 2022.
Au 31 décembre 2020, les prisons du pays enregistraient près de 27 000 prisonniers, selon le dernier Rapport du ministère de la Justice (Minjustice) sur la situation des droits de l’Homme au Cameroun. Ce département ministériel fait également savoir dans ce document que « l’effectif des personnels pénitentiaires est resté relativement stable entre 2018, 2019 et 2020, soit 4 674, 4 536 et 4 385, respectivement avec une population carcérale de 26 800 détenus, soit un ratio d’un personnel pour 611 détenus ». Ce, alors que les standards internationaux prévoient le ratio d’un personnel pénitencier pour trois détenus.
Ratio personnel pénitentier-détenus
Le régime pénitentiaire camerounais, lui, a prévu un ratio d’un personnel pour cinq détenus. Selon le gouvernement, les prisons des régions du Centre (4 522) et du Littoral (3 068) avaient les effectifs les plus élevés en 2020. En juin 2022, la prison centrale de Ngaoundéré, construite dans les années 1920, affichait quant à elle une population carcérale de 1 171 personnes, dont 21 femmes. « Le non-respect des règles minima pour le traitement des détenus a causé au moins deux décès » l’année dernière, rapporte le département d’État américain.
En juin dernier, les députés membres de la Commission des lois constitutionnelles, des droits de l’Homme et des libertés, de la justice, de la législation et du règlement, de l’administration de l’Assemblée nationale ont plaidé pour l’amélioration des conditions de vie des détenus dans les prisons du pays. Le président de ladite commission, Zondol Hersesse, a recommandé l’extension et l’humanisation des prisons pour pallier l’excédent des effectifs, le respect des droits des prisonniers et l’augmentation du budget pénitentiaire.
Pour tenter de remédier à la situation décriée à plusieurs reprises par les organisations de défense des droits humains, le gouvernement a annoncé la réhabilitation et la création de nouveaux pénitenciers. La nouvelle prison de Douala-Ngoma, dont la construction aurait été achevée en 2020, est censée aider à décongestionner la prison centrale de New-Bell et améliorer les conditions de vie des détenus.
Patricia Ngo Ngouem
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