« Sentinelles », une expérience du terrain avec Barkhane – Jeune Afrique

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Une jeune lieutenant, Anaïs Collet, part avec sa section au Mali, dans la région de Mopti, dans le cadre de l’opération Barkhane. Lors d’une mission, les militaires sont pris en embuscade et l’échange de tirs vire à la bavure. De ce drame découle une avalanche d’événements, parfois un peu rocambolesques, qui montrent la réalité vécue par de jeunes engagés de l’armée française. Sentinelles en profite pour expliquer le contexte des conflits maliens et critiquer, plutôt finement, le but de l’opération débutée en juillet 2014.

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L’action se déroule peu de temps après, courant 2015, quand Thibault Valetoux et Frédéric Krivine commencent à écrire la série. Barkhane vient de prendre le relais de l’opération Serval. Après la libération de villages du nord du pays occupés par des jihadistes, la France espère soutenir les forces armées maliennes face à la montée du terrorisme sur le territoire. Au départ, le désir des scénaristes n’est pas tant de raconter ce qu’il se passe au Mali que de mettre en lumière les jeunes qui s’engagent pour y combattre.

« Traditionnellement, en France, on fait des séries sur des conflits qui ont eu le temps d’être “digérés”, contrairement aux États-Unis, où l’on a l’habitude de produire du contenu sur des actions en cours », remarque Thibault Valetoux. De fait, en s’embarquant dans Sentinelles, les auteurs savent qu’ils prennent le risque d’être « complètement rattrapés par les événements et de présenter une série datée » qui ne répondra pas à la réalité des faits au moment où elle sortira.

« L’humanité derrière les uniformes »

Mais pour Thibault Valetoux, cela n’a pas d’importance. « On ne fait pas un documentaire, on est des dramaturges, on veut raconter l’histoire de personnages, on cherche l’humanité derrière les uniformes. C’est ça, le cœur de la série, raconter le dessous des cartes. » Il a choisi Barkhane parce qu’il ne pouvait faire autrement :  « Il était impensable pour moi de raconter ces jeunes engagés dans une autre opération : c’est celle qui concerne le plus de militaires au moment où j’écris. »

Le premier épisode [est] très critique, tant vis-à-vis des soldats que des hauts gradés

Derrière les gilets pare-balles de Sentinelles, il y a de la diversité, des femmes, des homosexuels, des croyances religieuses, de la naïveté, des coups de tête, de la solidarité. En bref, une galerie de personnages assez riche qui cherche à correspondre à ce qu’offre l’armée sur le papier, une place pour tous. Malgré la part de fiction assumée, Thibault Valetoux et Frédéric Krivine essaient d’obtenir un rendu plausible. Ils épluchent toute la documentation disponible sur l’opération qui bat son plein (documentaires, reportages…) dont le contenu est assez frais et dont le propos est souvent institutionnalisé, remarquent-ils. Ils travaillent aussi directement avec l’armée pour nourrir un scénario le plus réaliste possible.

D’un côté, ils cherchent à humaniser ceux qui s’engagent, méconnus du grand public, de l’autre, ils ont à cœur de servir un propos indépendant. On le voit d’ailleurs dès le premier épisode, très critique, tant vis-à-vis des soldats que des hauts gradés.

Un contexte local incompatible avec l’action militaire

Malgré quelques incohérences, la série Sentinelles réussit bien à retranscrire le contexte local. L’armée française fait face au Mali à des conflits communautaires auxquels elle n’est pas habilitée à réagir. Elle constate des exactions, notamment des massacres de villageois peuls. Les milices qui les perpètrent sont inspirées de groupes armés que Bamako avait fondés pour combattre le jihadisme à une époque, puis désavoués. L’année 2019 a d’ailleurs été le théâtre de nombreux conflits meurtriers entre ces milices et des Peuls.

La série Sentinelles pose ouvertement la question de l’intérêt de Barkhane

Les jeunes militaires sont venus avec la bonne intention de « protéger la population ». Mais, comme la fiction Sentinelles le souligne assez justement, les forces françaises sont de moins en moins les bienvenues, elles commettent des bavures – même si ces dernières sont rares –, et sont pied et poing liés quand des atrocités se déroulent sous leurs yeux. Alors, « qu’est-ce qu’on fout au Mali ? » questionne à plusieurs reprises le lieutenant Anaïs Collet.

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La série pose ouvertement la question de l’intérêt de Barkhane, une intuition qu’ont eue les scénaristes en 2015. Ces derniers tiennent néanmoins à faire cohabiter tous les points de vue : « Une journaliste reproche aux soldats de faire perdurer des pratiques colonialistes, un commandant français lui répond que sans cette intervention, les gens mourraient », précise Thibault Valetoux.

Le point fort de Sentinelles, c’est sûrement que ceux qui estiment que cette mission pose un problème l’emportent. La réalité leur a d’ailleurs donné raison

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