« Repenser la souveraineté numérique à l’ère post-Covid »

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(TRIBUNE ) – La transition numérique a permis à l’Afrique, malgré une forte récession, d’absorber une partie du choc provoqué par la pandémie, principalement dans les services. Cette résilience numérique de l’Afrique a mis au jour de nouvelles perspectives de développement pour l’Afrique mais aussi de nouveaux risques de sécurité et de souveraineté liés au cyberespace. 

Plus la connectivité et la pénétration numérique progressent en Afrique, plus les risques liés à la sécurité et la confidentialité des données s’affirment comme vitaux. Il s’agit d’un horizon aujourd’hui quasiment incontournable car les promesses de développement économique liées à la révolution numérique sont une chance historique pour l’Afrique.

Malgré de grands écarts entre les pays, mais aussi entre les campagnes et les villes, l’augmentation de la couverture numérique en Afrique est un fait (entre 30 et 40% de la population du continent). Elle a eu un impact décisif sur le secteur des services en dynamisant largement, entre autres, le commerce en ligne, le paiement mobile dont l’Afrique est aujourd’hui un leader mondial ou la dématérialisation des services de l’Etat (fiscalité, gestion des finances, transparence, etc.).

Mais si la pandémie a stimulé les usages du numérique sur le continent africain, la crise a aussi dévoilé les nombreuses vulnérabilités liées au cyberespace.  De facto, l’Afrique souffre de nombreuses lacunes en cybersécurité, ce qui fait peser de lourdes menaces sur la protection et la confidentialité de ses données citoyennes et souveraines, sans compter la multiplication des cyberattaques (hameçonnage, logiciels malveillants, vol d’identifiant, etc.) sur les institutions, les citoyens ou les entreprises. Celles-ci ont effectivement été particulièrement exposées du fait de la généralisation du télétravail.

Cybersécurité et souveraineté

Le cyberespace n’est pas qu’une réalité immatérielle. Il dépend de chaînes de valeur physiques (infrastructures réseaux, stockage des données, alimentation) mais aussi d’écosystèmes technologiques et humains complexes. Dans cette optique, la pandémie de covid-19 a eu un effet électrochoc. En perturbant les chaînes d’approvisionnement mondiales dans de nombreuses filières, elle a rappelé que le cyberespace en était lui aussi tributaire.

Or, les pays africains, qui ne disposent au total que d’1% des capacités de stockage mondial, n’ont pas la maîtrise de leurs données souveraines. Celles-ci sont pour la plupart délocalisées dans des Data Centers étrangers, ce qui implique des risques importants sur la confidentialité des données, voire sur leur disponibilité en cas de rupture des frontières numériques. La relocalisation de ces données doit donc aujourd’hui devenir une priorité pour les pays du continent.

Cet objectif ne pourra faire l’économie d’une stratégie globale. Elle devra prendre en compte des impératifs techniques (stabilité de l’approvisionnement électrique, amélioration de la connectivité) mais aussi humains, via la formation de personnel africain qualifié. La démarche ne pourra être qu’étatique ou inter-étatique et en associant la sphère privée à chaque étape. Le continent n’est, à ce titre, pas dépourvu d’atouts. Selon le FMI, l’Afrique détenait près de 600 pôles technologiques en 2020 : une augmentation de 40% par rapport à 2019 qui illustre un certain dynamisme.

Les initiatives panafricaines semblent aussi aller dans ce sens. En témoignent, par exemple, le succès du symposium sur la cybersécurité dans la sous-région ouest-africaine, qui s’est déroulé en septembre 2021, ainsi que la tenue prochaine du Cyber Africa Forum, en mai 2022 à Abidjan.

Ce sont, en définitive, de véritables filières numériques que les pays du continent doivent mettre en place, non seulement pour maîtriser voire accélérer leur transition numérique, mais aussi pour protéger leur souveraineté et entrer de plain-pied dans la compétitivité au niveau mondial.

Aristide Ouattara est l’Associé responsable de la ligne d’activité Risk Advisory de Deloitte Afrique Francophone. Avec une équipe de plus de 150 experts couvrant 19 pays d’Afrique, Aristide accompagne les entreprises, institutions privées et publiques africaines dans la gestion de l’ensemble de leurs risques. Il a notamment accordé une place de choix dans la constitution d’une équipe et d’une plateforme d’experts en cybersécurité faisant de Deloitte Afrique Francophone l’un des partenaires clés dans la lutte contre la cybercriminalité ainsi que la promotion de la souveraineté numérique de l’Afrique.

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Sofiane El Abdi est l’Associé qui dirige les activités Cybersécurité de Deloitte Afrique Francophone. De la stratégie aux opérations, il accompagne depuis plus de 15 ans les organisations du continent africain et à l’international dans la réussite de programmes de transformation numérique. Il s’est attaché ces dernières années au développement des capacités humaines et technologiques en cybersécurité sur le continent avec une équipe de plus de 100 experts dédiés couvrant 16 pays et un centre d’excellence opérationnel basé à Casablanca.

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