Ayôdélé, au nom de la mère – Jeune Afrique

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Devenue incontournable sur la scène musicale béninoise, l’interprète et percussionniste enchaîne les concerts et prépare la sortie d’un premier album. À seulement 21 ans, elle a déjà une belle carrière. Portrait.

On dirait une scène de La Strada, de Fellini. Dans la cour de la modeste maison familiale à Calavi, pas très loin de la célèbre université, une jeune femme, pieds nus, chante en frappant sur son tam-tam. Des poules passent en dodelinant de la tête. Gloria Jemima Lawson, alias Ayôdélé (“joie dans la maison”, en yorouba), est une petite boule d’énergie, solaire. « Elle souriait déjà à la naissance », confirme son père.  

En tournée dès l’âge de 5 ans 

Pourtant, la vie n’a pas toujours souri à Gloria Jemima Lawson. Elle n’est encore qu’une enfant quand sa mère meurt sous ses yeux en donnant le jour à sa sœur cadette. « Comme j’avais une belle voix, mon père m’a pris dans son orchestre. À l’âge de cinq ans, je partais déjà en tournée avec lui », raconte la jeune femme. « Les gens la réclamaient dès qu’on entrait sur scène », se souvient son père, guitariste et compositeur d’origine togolaise.  

La jeune artiste, qui chante aussi à la messe le dimanche, n’a que huit ans lorsqu’elle écrit ses propres textes qui parlent d’enfants, d’amitié et d’amour du prochain. À treize ans, elle compose un titre en hommage à sa mère et, deux ans plus tard, crée une ONG pour la promotion de l’art et la culture afin de soutenir les personnes défavorisées. Elle la baptise Ayôdélé, qui devient son nom de scène. « L’an dernier, j’ai récolté des dons pour l’orphelinat où ma petite sœur a été accueillie après le décès de ma mère. Malheureusement il n’existait plus, mais j’ai offert les dons à un autre orphelinat. »

J’ai été initiée très tôt ; gamine, je faisais danser les esprits

Ayôdélé ouvre la porte de son studio d’enregistrement aux murs tapissés de boîtes à œufs. Edison Konfo, son directeur artistique, qu’elle considère comme son grand frère, prépare le micro. « Il a rejoint l’orchestre de mon père en tant que bassiste et, très tôt, c’est lui qui m’a coachée et m’a incitée à continuer dans la musique. Il était très proche de ma mère, il m’a protégée », confie-t-elle.

Un tam-tam qui parle 

Ayôdélé s’assied et se met à chanter en frappant sur un ogbon, un instrument symbole de joie, dont la percussion provoque la transe chez les adeptes du vaudou. « C’est un talking drum, un tam-tam qui parle, explique-t-elle. On en joue dans les couvents vaudous pour communiquer avec les morts. Normalement, les femmes ne doivent pas y toucher mais moi, j’ai été initiée très tôt à Porto-Novo – certains disent que c’était dans le ventre de ma mère – et, gamine, je faisais danser les esprits. »

Je veux être moi-même, imposer mon style, je ne veux ressembler à personne

Dans son panthéon musical intérieur, il y a surtout les divas de la chanson africaine : la frêle et touchante Togolaise Bella Bellow et la grande Miriam Makeba bien-sûr. « Toutes ces femmes ont influencé mon caractère et ma musique mais je veux être moi-même, imposer mon style. Je ne veux ressembler à personne », prévient la jeune artiste dont la musique est un mélange de rythmes yorouba et de sonorités plus urbaines.  

Elle a reçu le deuxième prix Découvertes RFI en 2017, pour son titre Kpakpato et depuis, sa carrière s’accélère. Elle enchaîne les spectacles et, après de nombreux singles et EP, Ayôdélé prépare la sortie de son premier album à 21 ans.

En nous raccompagnant au portail, elle ajoute : « Au fait, je n’ai encore jamais chanté en public la chanson dédiée à ma mère… La thérapie est longue. » 

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