« L’essor de l’Afrique ? Ce n’est pas un mythe ! » – Jeune Afrique

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Crises politiques en Afrique de l’Ouest, croissance économique du continent, équité du commerce, avenir de la Zlecaf, accès aux vaccins… Sur ces questions d’actualité, la directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) répond aux questions de JA.

Voici un an tout juste que Ngozi Okonjo-Iweala, 67 ans, a pris les commandes de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le 1er mars 2021, celle que le Financial Times a classée parmi les femmes les plus influentes du monde s’est installée au siège genevois du gendarme du commerce mondial dans un contexte international plus qu’incertain : la pandémie de Covid-19 et son lot de restrictions et de mesures de soutien aux économies à travers le monde ont bouleversé les échanges et les chaînes d’approvisionnement.

Le multilatéralisme ne s’est jamais aussi mal porté. Ici et là, le protectionnisme et le nationalisme économique prennent de l’ampleur. La guerre commerciale, diplomatique, voire politique, que se livrent les États-Unis et la Chine depuis plusieurs années a atteint un niveau d’intensité rarement vu auparavant. Entre la Russie et les puissances occidentales, le bras de fer est quasi permanent. « Ces tensions géopolitiques pourraient nous conduire à une troisième guerre mondiale. Je ne comprends pas comment nous en sommes arrivés là. Mais j’espère que nous allons nous éloigner du gouffre », nous confie l’ancienne numéro deux de la Banque mondiale.

En Afrique, la situation n’est guère plus brillante. Vingt années de croissance et d’une certaine euphorie économique ont cédé la place à la récession, à la crise de la dette, au retour des coups d’État, à la montée de l’insécurité liée au jihadisme et aux effets néfastes du réchauffement climatique.

Première femme et première personnalité africaine à diriger l’OMC depuis sa création, en 1995, Ngozi Okonjo-Iweala est donc au cœur des dossiers et des négociations les plus complexes. La Nigériane sait que son mandat, dont il lui reste trois années à accomplir, suscite de fortes attentes. Elle est en effet perçue comme la dirigeante qui pourrait redonner de la crédibilité à cette organisation, qui peine à éliminer les pratiques déloyales de certains grands pays, pénalisantes pour les pays en développement. Pourtant, son enthousiasme et sa bonne humeur semblent intacts. « Je suis passionnée par l’OMC. Je suis peut-être trop optimiste : à chaque fois que surgit un problème, j’y vois une chance à saisir », assure-t-elle.

Qualifiée de « négociatrice et gestionnaire de crises chevronnée » par Christine Lagarde, la gouverneure de la Banque centrale européenne, l’ex-ministre des Finances du Nigeria dit vouloir amener les États-Unis, la Chine et l’ensemble des grandes puissances à sortir de leurs rivalités stériles et à coopérer dans certains domaines. « Aucun pays ne peut résoudre à lui seul des problèmes mondiaux », insiste-t-elle. Quant à l’Afrique, elle assure ceci : « Je suis directrice générale [de l’OMC] pour le compte de tous les pays membres, mais, tant que je serai en poste, je n’aurai pas peur de dire que l’Afrique obtiendra davantage de l’organisation. Je veux que nous renforcions notre soutien au continent. »

Coups d’État en Afrique de l’Ouest, accès des pays africains aux vaccins contre le Covid-19, tensions géopolitiques… À la fin de janvier, à Paris, Ngozi Okonjo-Iweala a longuement répondu aux questions de Jeune Afrique et de The Africa Report. Entretien.

Jeune Afrique : En plus d’un contexte économique rendu difficile par la pandémie de Covid-19, l’Afrique de l’Ouest subit, depuis plusieurs mois, une succession de crises politiques et sécuritaires. En ce début d’année, y a-t-il des raisons d’être optimiste pour l’avenir de cette région, et pour l’Afrique en général ?  

Ngozi Okonjo-Iweala : L’instabilité en Afrique de l’Ouest, où les coups d’État se sont multipliés ces derniers temps, ne me réjouit pas. La plupart des pays de cette région sont, par ailleurs, régulièrement confrontés aux attaques jihadistes. Au moment où, au Soudan, la population condamne le coup d’État et réclame un retour à la démocratie, dans notre région – en Guinée, au Burkina Faso et au Mali –, c’est le contraire : les gens descendent dans la rue pour applaudir les putschistes. Je trouve cette situation préoccupante. Il y a toutefois une raison à cela : les citoyens ne se sentent pas en sécurité dans leur propre pays. La Cedeao et la communauté internationale peuvent-elles apporter une aide réelle ? C’est une question que nous devons examiner.

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