rencontre avec Rayed Chaïbi, figure de la « diplomatie associative » – Jeune Afrique

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À 34 ans, cet ancien conseiller municipal préside une association de coopération franco-tunisienne et œuvre en coulisses pour un rapprochement entre les acteurs des sociétés civiles des deux pays.

Le 10 novembre 2021, à l’Élysée, en présence de Sylvain Itté, envoyé spécial d’Emmanuel Macron pour la diplomatie publique en Afrique, et de Marie Audouard, conseillère Afrique adjointe du président de la République, Rayed Chaïbi a dû mesurer le chemin parcouru.

Le président de l’Association pour la promotion de la coopération et de l’amitié entre la France et la Tunisie (APCAFT), qu’il a fondée en 2018, s’est taillé en un temps record une place de choix dans la « diplomatie associative » entre Paris et Tunis.

Constituée uniquement de bénévoles, l’APCAFT fêtera ses quatre ans dans un mois. Depuis sa création, elle a mené plusieurs projets et a rapidement commencé à remplir son rôle. Lorsque les carences du système de santé ont éclaté au grand jour lors de la troisième vague épidémique de Covid-19, l’APCAFT s’est distinguée par sa capacité à mobiliser la diaspora pour venir en aide à la Tunisie.

Rayed Chaïbi est ainsi à l’origine d’une rencontre, le 21 juillet 2021, entre le président du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, et l’ambassadeur de Tunisie à Paris Mohamed Karim Jamoussi. Une réunion qui a abouti à un don de 640 000 masques et 14 400 blouses à destination de la Tunisie, alors gravement frappée par la pandémie.

L’amour de la Tunisie

Difficile de retracer le parcours de Rayed Chaïbi sans évoquer Drancy, car c’est là-bas, dans cette ville de la périphérie parisienne aux forts accents multiculturels, que tout a commencé pour ce Franco-Tunisien de 34 ans, qui compte aujourd’hui parmi ses interlocuteurs Mokhtar Hammami, ministre tunisien des Affaires locales et de l’Environnement.

Nous ne sommes pas là pour nous substituer aux ambassadeurs, mais pour incarner une représentation concrète et locale de la diplomatie

L’histoire débute en 1977, lorsque ses parents, quelques années après avoir quitté la Tunisie pour la capitale française, déménagent en banlieue. Benjamin d’une fratrie de onze enfants, Rayed Chaïbi naît dix ans plus tard à Drancy et n’a depuis jamais réellement quitté sa commune.

Sa mère, femme au foyer, puis technicienne de surface et son père, agent d’entretien à la RATP, ont transmis à leurs enfants l’amour de la Tunisie et mettaient un point d’honneur à retourner chaque été en famille sur leur terre d’origine.

Rayed Chaïbi affirme avoir développé un goût précoce pour la politique et décrit l’engagement de manière générale comme une « passion ». C’est donc tout naturellement qu’il a entamé des études de droit et de sciences politiques à la Sorbonne, couronnées par une licence qu’il décroche en 2012.

Après le décès de ses parents, il renonce à poursuivre ses études, faute de moyens. À 24 ans, il se retrouve propulsé dans la vie professionnelle et devient, en 2011, conseiller municipal, fonction qu’il exercera jusqu’en 2014. Aujourd’hui encore, Rayed Chaïbi habite et travaille dans sa ville natale, où il officie à la mairie en tant que responsable du patrimoine commercial.

Lien unique

Son attachement à la Tunisie le pousse à fonder, le 20 mars 2018, parallèlement à son activité professionnelle, l’APCAFT. La date choisie ne doit rien au hasard, puisqu’elle correspond à la fois à la date anniversaire de l’indépendance tunisienne et à la journée internationale de la francophonie. Il vit cette nouvelle étape de son engagement comme une façon de rendre hommage à ses parents.

L’objectif de l’association est de mettre en œuvre une coopération décentralisée avec les acteurs des sociétés civiles et les municipalités grâce à une « diplomatie associative », qui se veut complémentaire des circuits diplomatiques conventionnels.

« Souvent, les rencontres entre chefs d’État et entre ambassadeurs nous semblent très lointaines. Nous ne sommes pas là pour nous substituer aux ambassadeurs, mais pour incarner une représentation concrète et locale de la diplomatie à grande échelle à travers l’aspect associatif », explique Rayed Chaibi.

Le Drancéen justifie cette volonté de promouvoir le dialogue franco-tunisien par le lien unique qui, selon son lui, existe entre les deux pays. Dans un contexte où les relations bilatérales entre la France et l’Algérie oscillent entre diatribes et promesses de réconciliation, et où la stratégie marocaine de diversification des partenariats a mis quelque distance entre Paris et Rabat, la Tunisie est un cas à part dans les relations entre la France et les pays du Maghreb.

« Sans aller jusqu’à parler d’exception, on peut dire qu’il existe une particularité dans les relations franco-tunisiennes. Les rapports entre les diplomates français et tunisiens, à l’image de ceux qu’entretenaient De Gaulle et Bourguiba, malgré des débuts houleux, ont toujours été fluides.

L’histoire de la colonisation en Tunisie et les modalités de son indépendance sont très différentes de celles qu’a connues l’Algérie, par exemple », précise le président de l’APCAFT. Et de rappeler que la France demeure le premier partenaire économique et culturel de la Tunisie.

Au-delà des personnalités importantes auxquelles l’APCAFT a désormais accès, son président souhaite surtout pouvoir bénéficier des nombreux réseaux d’associations existants et mise sur la décentralisation.

« Il faut exploiter le potentiel de toutes les structures de coopération décentralisées, comme l’Assemblée des départements de France, l’Association internationale des maires francophones, l’Agence française de développement, ou encore Cité Unies France. Nous devons également nous appuyer sur les collectivités tunisiennes décentralisées », analyse Chaïbi.

Mais ce citoyen engagé, qui a voté aux dernières élections présidentielle et législatives tunisiennes et qui suit de près l’actualité locale, est bien conscient des difficultés qu’il doit affronter. « La France a adopté ses propres lois de décentralisation en 1982 et 1983, alors que la Tunisie a adopté les siennes en 2018­ ! Le processus est lent, mais il faut accompagner les Tunisiens », conclut-il.

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