le mariage de raison – Jeune Afrique

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Depuis vingt ans, les deux partenaires entretiennent des liens étroits. Une idylle qui perdure, mais une union qui souffre d’un défaut majeur : le déséquilibre.

« La tradition est certes un peu désuète, mais elle garde ses adeptes. Lorsqu’un couple atteint son vingtième anniversaire de mariage, on a coutume de dire qu’il célèbre ses « noces de porcelaine » » et, lors du Forum sur la coopération sino-africaine (Focac) organisé fin novembre 2021 à Dakar, plusieurs responsables n’ont pas manqué de remarquer que, justement, le premier de ces Forums remontait à 2001.

La Chine et le continent fêtent donc les 20 ans d’un partenariat étroit et, comme l’ont fait remarquer certains représentant de Pékin, la porcelaine est, depuis des temps immémoriaux, une spécialité chinoise. La métaphore ayant ses limites – la porcelaine est belle et précieuse, mais elle est également fragile… –, les partenaires n’ont pas cherché à en abuser. Il n’empêche : ce vingtième anniversaire a un sens. Il démontre, au minimum, la pérennité d’une relation dont Chinois et Africains souhaitent maintenant remodeler les contours.

Une volonté de faire mieux

Jamais les choses ne seront présentées ainsi mais, à échanger avec les participants du Forum – qu’ils soient Africain ou Chinois –, l’impression se dégage d’une volonté de faire mieux. De donner, comme on dit, un peu plus de sens à la coopération. Durant deux décennies, la présence chinoise en Afrique a rimé avec chantiers et grands travaux, aides financières massives, prêts XXL… Une démonstration de force appuyée sur un discours parfaitement rôdé – « la Chine est le plus grand des pays émergents et l’Afrique est le continent qui regroupe le plus de pays émergents, nous sommes donc faits pour nous entendre » –, généralement très bien perçu sur le continent.

Rien de tout cela n’est remis en cause, mais le couple semble arrivé à maturité et désireux, après avoir en quelque sorte privilégié la quantité, d’améliorer la qualité de la relation. Une relation qui souffre d’un défaut majeur : le déséquilibre.

Flux à sens unique et accumulation de la dette

Certes, la Chine apporte au continent une aide constante et indispensable. Une aide que bien d’autres puissances mondiales se contentent le plus souvent de promettre. Mais les flux – de capitaux, de marchandises, de personnel qualifié… – ont encore trop tendance à circuler uniquement dans le sens Est-Ouest, et de plus en plus de voix africaines s’élèvent pour le déplorer.

Les sommes avancées doivent être remboursées, et c’est parfois là que tout se complique

L’autre grief est celui de la dette qui s’accumule. La Chine prête et prête de nouveau, certes, et une fois encore, elle en est remerciée. Mais les sommes avancées doivent être remboursées, et c’est parfois là que tout se complique.

De tout cela, Pékin dit avoir conscience. Jure qu’il n’a jamais été question de mettre la main sur les infrastructures des États africains qui peinent à honorer leurs remboursements. Et reconnaît qu’un effort doit être fait pour mieux comprendre la culture des partenaires et s’y adapter.

« Le plus grand des petits »

Ce changement promis verra-t-il le jour ? Le discours chinois continue à être bien accueilli, et on peut parier que tant que Pékin continuera à se présenter sur la scène internationale comme « le plus grand des petits », l’idylle se poursuivra. Savoir si cette posture est compatible avec la volonté de disputer aux États-Unis le leadership mondial ou les velléités parfois affichées de projeter sa puissance militaire au-delà de ses frontières est une autre question.

Pour l’heure, sur le continent, la Chine conserve son statut. Qui pourrait être, pour parodier une formule célèbre, celui de « pire partenaire à l’exception de tous les autres ». Ce qui en fait, in fine, le meilleur.

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