le Sénégal rêve d’un exploit, l’Égypte vise un huitième titre – Jeune Afrique

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Pour la première fois de leur histoire, le Sénégal et l’Égypte vont s’affronter en finale de la Coupe d’Afrique des nations, ce dimanche soir à Yaoundé. Si la présence des Lions de la Teranga à ce stade était attendue, celle des Pharaons l’était un peu moins.

« Au Sénégal, on a cette habitude de danser avant l’heure, et ça a tendance à attirer le mauvais sort », prévient, mi sérieux, mi rigolard, Omar Diallo. L’ancien gardien international sénégalais, membre de l’équipe historique de 2002, finaliste de la CAN et quart de finaliste de la Coupe du monde, désormais formateur à l’Académie Diambars, connaît trop bien la mentalité sénégalaise pour ne pas l’évoquer.

Mais en faisant la distinction entre le simple supporter – ce qu’il est aujourd’hui – et les joueurs de la sélection nationale : « Ici, tout le monde ne rêve non pas de disputer la finale, mais de la gagner. C’est normal, c’est un réflexe classique chez les supporters, qui font la fête depuis la qualification acquise en demi-finale contre le Burkina Faso (3-1). Mais on sait aussi que les joueurs sont très concentrés, qu’ils n’ont pas célébré à leur hôtel le succès contre les Étalons. J’ai l’impression que les Lions sont dans une véritable bulle, et c’est tant mieux. »

« Nous méritons de la gagner »

La présence de la bande à Sadio Mané en finale répond sportivement à une certaine logique. Après tout, le Sénégal est vice-champion d’Afrique, la première sélection africaine au classement FIFA et, outre le prodige de Liverpool, son effectif est peuplé de joueurs évoluant dans de grands clubs européens, comme Abdou Diallo et Idrissa Gueye (PSG), Bouna Sarr (Bayern Munich), Édouard Mendy (Chelsea) ou encore Kalidou Koulibaly (Naples).

Ici, beaucoup de gens pensent que le titre ne peut échapper au Sénégal

Et que ce soit lors du premier tour (face au Zimbabwe, à la Guinée et au Malawi), des huitièmes (contre le Cap Vert), des quarts (face à la Guinée Equatoriale) ou pendant les demi-finales (Burkina Faso), les Lions de la Teranga n’ont pas eu à affronter la crème de la crème du football africain, alors que les Égyptiens ont tout de même croisé le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Maroc et le Cameroun, éjectant même les trois derniers de la compétition.

« Ici, beaucoup de gens pensent que le titre ne peut échapper au Sénégal. On a connu deux défaites en finale (2002 et 2019) et on estime que nous méritons de la gagner, poursuit Diallo. Ce statut de favori, il faut l’assumer, et je pense que les Égyptiens sont très heureux d’être perçus comme les outsiders. Ils savent qu’en Afrique, presque tout le monde supportera le Sénégal en finale. »

« On touche du doigt cette première CAN »

L’engouement pour le parcours des Lions de la Teranga n’a pourtant pas été spontané. Malgré une présence en phase finale de la Coupe du monde 2018, une seconde place lors de la CAN 2019 et des résultats très largement positifs, une sorte de défiance s’était installée entre la sélection nationale et ses supporters, souvent critiques au moment d’évoquer la qualité du jeu proposé. Un sentiment qui a perduré jusqu’à la fin du premier tour.

Le duel de Sadio Mané face à Mohamed Salah, son partenaire à Liverpool, est très attendu

La préparation chaotique de l’équipe, perturbée par les cas de Covid-19, et l’annulation d’une rencontre amicale prévue dans le cadre d’un stage au Rwanda au début du mois de janvier, puis les trois premiers matchs au Cameroun (1-0 face au Zimbabwe, 0-0 contre la Guinée et le Malawi) n’avaient pas contribué à resserrer les liens. « Beaucoup de Sénégalais estiment que la qualité de jeu n’est pas conforme à l’effectif dont dispose Aliou Cissé », affirme Ferdinand Coly, lui aussi membre historique de la génération 2002. « Au début de la compétition, on sentait bien que les supporters avaient envie d’y croire, mais ils ne le montraient pas trop, par crainte d’être déçus. Ils étaient prudents. »

La montée en gamme des Lions lors des matchs à élimination directe a modifié, au moins partiellement, le regard des Sénégalais sur leur équipe. « Cela s’est fait petit à petit. Ce n’était pas extraordinaire face au Cap Vert (2-0), un peu mieux contre la Guinée Equatoriale (3-1), et il s’est passé quelque chose contre le Burkina Faso (3-1), une équipe d’un niveau supérieur à celui des précédents adversaires, et contre qui le Sénégal a livré une prestation très aboutie. Depuis cette victoire, j’entends parler de cette finale partout, les gens sortent dans les rues, ils dansent, il y a une sorte d’euphorie. On touche du doigt cette première CAN », poursuit Coly.

L’optimisme qui gagne les (nombreux) supporters de la sélection nationale est amplifié par les prestations de Sadio Mané, auteur de trois buts et deux passes décisives depuis le début de la compétition, et dont le duel face à Mohamed Salah, son partenaire à Liverpool, est très attendu. « Il est irréprochable, décisif et très impliqué. Il a déjà fait de grands matchs avec la sélection, mais celui face au Burkina Faso était vraiment d’un très haut niveau. Au Sénégal, tout le monde pense qu’avec Mané au top – même s’il ne peut pas tout faire tout seul et qu’il est bien entouré –, la sélection peut viser haut… »

Les Égyptiens se sont spécialisés dans l’élimination chirurgicale des favoris…

Al-Sissi félicite la sélection

Mais pour inscrire son nom pour la première fois au palmarès de la CAN, le Sénégal devra terrasser l’Égypte, un adversaire qui en connaît un rayon sur la manière d’aborder une finale, puisqu’elle en a remporté sept sur les neuf qu’elle a disputées, faisant d’elle l’équipe la plus titrée. Les supporters égyptiens, habitués aux succès des Pharaons mais également d’Al-Ahly et de Zamalek, les deux grands clubs du Caire, sur la scène continentale, suivent avec passion le parcours de Mohamed Salah et ses coéquipiers au pays des Lions indomptables.

Abdel Fattah Al-Sissi, le chef de l’État, s’est empressé de les féliciter au nom du peuple égyptien, juste après la victoire face au Cameroun jeudi soir (0-0, 3-1 aux t.a.b), en louant « leur état d’esprit et leur détermination », rappelant que « l’Égypte est capable de réaliser l’impossible ». Battre le Sénégal ne l’est pas. Après tout, les Égyptiens se sont bien spécialisés dans l’élimination chirurgicale des favoris…

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