[Série] Dominique Fatima Voumbo-Matoumona, des plantes contre le paludisme (4/5) – Jeune Afrique

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« Ces Africaines qui bousculent la science » (4/5). Face à la résistance des parasites responsables du paludisme aux traitements à base d’artémisinine, la jeune scientifique congolaise met en avant la pharmacopée traditionnelle.


À Brazzaville, Dominique Fatima Voumbo-Matoumona se réjouit du prix Jeunes Talents Afrique subsaharienne L’Oréal-Unesco qu’elle vient de remporter. Grâce à sa dotation de 15 000 euros, cette post-doctorante congolaise de 29 ans pourra poursuivre ses projets de recherche sur le paludisme, maladie parasitaire qui a encore fait 400 000 morts dans le monde en 2019, dont la grande majorité sur le continent africain.

« Ce prix est une vraie surprise, explique Dominique Fatima. Il permet aux jeunes scientifiques de sortir de l’ombre. Pour moi, c’est aussi et surtout un moyen de mettre le paludisme sur le devant de la scène internationale, alors que les financements pour lutter contre ce fléau ne sont toujours pas à la hauteur ».

L’an dernier, seule la moitié des fonds espérés – environ 3 milliards de dollars sur les 5,6 milliards de dollars visés – a été levée. Selon le rapport annuel sur la malaria publié le 30 novembre par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Afrique est, sans surprise, le continent qui concentre encore le plus de cas de la maladie et le plus grand nombre de morts (plus de 90 %).

Ces dernières années, les progrès dans la lutte contre le paludisme sont au point mort, alerte aussi l’agence onusienne. En cause, notamment, la résistance des parasites responsables de la maladie, appartenant à l’espèce Plasmodium falciparum, aux traitements antipaludiques existants. C’est sur ce phénomène inquiétant que se penche Dominique Fatima Voumbo-Matoumona depuis qu’elle a débuté ses travaux de recherche.

Résistance aux molécules

Issue d’une famille de scientifiques – un père physicien et une mère médecin –, la jeune femme grandit à Brazzaville, où elle décroche deux baccalauréats la même année : un diplôme scientifique, français, et un diplôme littéraire, congolais. La brillante élève, qui a « toujours été la plus jeune de sa promotion », assure-t-elle, opte finalement pour la science. Elle obtient, en 2013, un master en biologie cellulaire et moléculaire à la faculté des sciences techniques de l’université Marien Ngouabi, à Brazzaville, puis, un an plus tard, un master de recherche en infectiologie tropicale à l’école doctorale régionale d’Afrique centrale à Franceville, au Gabon.

Au Gabon et au Congo, les parasites évoluent constamment

« J’ai tout de suite été passionnée par les enjeux liés au paludisme. Beaucoup d’aspects n’ont pas encore été abordés en Afrique centrale, regrette-t-elle. Par exemple, on ne connaît pas le niveau d’efficacité actuel du traitement antipaludique. Les médecins et la population se plaignent, car même s’ils ont été traités, certains patients ne guérissent pas immédiatement ». Face au manque criant de données au Congo et au Gabon – deux pays où la maladie reste la première cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans –, « il était nécessaire de relancer les travaux de recherche pour mettre en place les meilleures stratégies de prévention et de traitement ».

Lors de ses travaux, la post-doctorante a constaté de plus en plus de résistance aux molécules partenaires de l’artémisinine, un dérivé d’une plante chinoise qui constitue le médicament de référence des combinaisons thérapeutiques pour le traitement du paludisme. Des conclusions qui rejoignent celles de l’étude publiée en août dans la revue Nature Medicine, décrivant pour la première fois l’émergence et la diffusion de parasites capables de résister aux dérivés de la molécule sur le continent africain.

« Si cette résistance aux médicaments se propage davantage ou émerge en Afrique, des millions de vies seront alors en danger », met ainsi en garde le Worldwide Antimalarial Resistance Network (WWARN) sur son site internet. Jusqu’à présent, un tel phénomène n’avait été observé qu’en Asie du Sud-Est. « Au Gabon et au Congo, les parasites de 2010 ne sont plus les mêmes en 2015. Et cinq ans plus tard, ils ont encore évolué », affirme la chercheuse.

Pharmacopée traditionnelle

Comment venir à bout de ce que l’OMS qualifie de « problème de santé publique urgent qui compromet la viabilité des opérations menées pour réduire la charge du paludisme » ? Pour Dominique Fatima Voumbo-Matoumona, la pharmacopée traditionnelle n’est pas assez exploitée, notamment en Afrique centrale. Elle a ainsi pour ambition de mettre en place un laboratoire de recherche spécialisé dans le traitement par les plantes. « L’artémisinine a fait ses preuves sur le continent. Il ne faut pas relâcher nos efforts et continuer dans ce sens pour parvenir à un traitement plus efficace », insiste-t-elle.

Mais l’intérêt de la Congolaise ne se limite plus au paludisme. Dominique Fatima Voumbo-Matoumona envisage désormais de s’intéresser de plus près à d’autres maladies transmissibles et non transmissibles qui sévissent sur le continent, et notamment le cancer.

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