Trump signe un décret pour la réforme de la police

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Dans la foulée des manifestations historiques qui ont suivi la mort de l’Afro-Américain George Floyd, Donald Trump a signé, mardi, un décret visant à s’attaquer à la brutalité policière. Les démocrates et les militants qui réclament des réformes d’envergure l’ont toutefois jugé insuffisant.

Je signe un décret encourageant les services de police de tout le pays à adopter les normes professionnelles les plus élevées pour servir leurs communautés, a déclaré depuis les jardins de la Maison-Blanche le président Trump, qui était pour l’occasion entouré de policiers.

Ces normes seront aussi élevées et aussi fortes qu’elles existent sur Terre.

Donald Trump

 

 

 

 

 

Dans un discours axé sur la loi et l’ordre lors duquel il a vanté le travail des policiers, il a insisté sur le nombre minuscule de mauvais policiers.

Donald Trump a indiqué que son décret contenait des incitatifs pour inciter les services de police à améliorer leur formation sur le recours à la force et encourageait l’interdiction des prises controversées d’étranglement, sauf si la vie d’un policier est en danger.

Le département de la Justice accordera en priorité les subventions fédérales aux unités de police qui démontrent, à travers des organismes indépendants, qu’elles respectent les plus hautes normes dans la formation sur l’usage de la force et les techniques de désescalade, a-t-il dit.

Le décret prévoit en outre plus de ressources pour des professionnels comme les travailleurs sociaux qui peuvent aider les policiers à gérer [des] rencontres complexes lorsqu’ils font face à des sans-abri ou des individus souffrant de troubles mentaux et de problèmes de dépendance.

Le président a également déclaré que le procureur général Bill Barr créerait une base de données nationale pour documenter le recours à la force abusive par des policiers ayant fait l’objet de plaintes.

Ces mesures restent toutefois en deçà de ce que réclament les manifestants qui se mobilisent depuis la mort de George Floyd, asphyxié par un policier blanc le 25 mai à Minneapolis.

Le président américain a précisé avoir rencontré en privé, avant l’annonce, des familles de victimes de violences policières.

Je ne peux jamais imaginer votre douleur ou la profondeur de votre angoisse, mais je peux vous promettre de lutter pour la justice pour tous, a-t-il soutenu. Vos êtres chers ne seront pas morts en vain.

Selon le Washington Post, les familles n’étaient toutefois pas présentes à la conférence de presse.

L’enjeu du racisme évacué

Au cours de son allocution, le président n’a pas abordé la question du racisme, qui n’est pas non plus visée par le décret.

La responsable des programmes de justice criminelle pour Amnistie internationale États-Unis, Kristina Roth, a comparé le décret à un pansement sur une blessure par balle, réclamant des changements plus significatifs.

Ce décret tente, avec une proposition modeste, de dissimuler la rhétorique nuisible de cette administration encourageant l’usage excessif de la force et le fait que la police brutalise les gens.

Kristina Roth, Amnistie internationale États-Unis

L’Association de défense des libertés civiles (ACLU) a fait entendre le même son de cloche. L’utilisation par le président de la famille des victimes comme toile de fond, alors qu’il propose de maigres réformes et une rhétorique creuse, est insultante, a affirmé l’organisation sur Twitter. La seule véritable solution à l’heure actuelle est de réduire […] la présence [de la police] dans la vie quotidienne des communautés noires.

Le faible décret présidentiel est tristement et sérieusement en deçà de ce qui est nécessaire pour combattre l’épidémie d’injustice raciale et de brutalité policière qui assassine des centaines de Noirs américains, a pour sa part réagi la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Sur Twitter, le représentant républicain Jim Jordan, un allié fidèle de Donald Trump qui participera à l’élaboration d’un projet de loi républicain sur la police présenté devant le Sénat, a plutôt vanté le décret présidentiel. Il a dit y voir un grand pas en avant dans l’amélioration du système et le début d’une nouvelle ère dans la relation entre les communautés et les policiers qui assurent leur sécurité.

Restaurer la loi et l’ordre

Avec ce décret, Donald Trump a déclaré vouloir offrir un avenir sûr aux Américains de toutes les races, religions, couleurs ou croyances.

Réitérant sa volonté de restaurer la loi et l’ordre, mot d’ordre qu’il martèle depuis le début des manifestations, il a affirmé que défendre les policiers courageux tout en rendant justice aux familles n’était pas incompatible.

Les Américains connaissent la vérité : sans la police, il y a le chaos, sans le droit, il y a l’anarchie, et sans la sécurité, c’est la catastrophe, a-t-il lancé.

Les Américains veulent la loi et l’ordre. Ils réclament la loi et l’ordre. Ils ne le disent peut-être pas, ils n’en parlent peut-être pas, mais c’est ce qu’ils veulent. Certains d’entre eux ne savent même pas que c’est ce qu’ils veulent, mais c’est ce qu’ils veulent.

Donald Trump

Donald Trump a ajouté s’opposer fermement aux efforts radicaux et dangereux pour démanteler les services de police, comme celui annoncé à Minneapolis.

Il a en outre critiqué le bilan de son prédécesseur Barack Obama et du vice-président de l’époque – et rival démocrate pressenti à la présidentielle de novembre — Joe Biden, affirmant à tort qu’ils n’avaient rien fait pour s’attaquer à la brutalité policière et qu’ils n’avaient même jamais essayé.

En 2017, l’administration Trump a mis fin à la politique mise en place par le tandem démocrate interdisant la vente de surplus militaires aux services de police, et a cessé les enquêtes sur les départements des forces de l’ordre.

Donald Trump a par ailleurs appelé le Congrès à s’accorder sur des mesures supplémentaires.

Cependant, un compromis entre républicains et démocrates paraît encore lointain.

Les démocrates de la Chambre des représentants ont présenté la semaine dernière un vaste projet de réforme nationale des services de police qui  inclut notamment l’interdiction formelle des prises d’étranglement et oblige les policiers à porter des caméras sur eux et sur les tableaux de bord de leurs véhicules.

Le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a averti l’institution qu’il ne serait pas adopté par le Sénat.

Le sénateur Tim Scott, l’un des trois Noirs républicains du Congrès, pilote les efforts de son parti sur le projet de loi qui sera présenté devant le Sénat.

source:https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1712542/trump-decret-signature-reforme-limitee-police-racisme-violence

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