Comment la Namibie peut sortir de la récession économique grâce à son sous-sol

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(Ecofin Hebdo) – Selon une mission d’évaluation du FMI en février dernier, l’économie namibienne devrait renouer cette année avec une croissance positive, après trois années de récession. Si cette prévision, motivée par l’accélération de la production minière, est à prendre avec des pincettes en raison de la pandémie du Covid-19 qui sévit actuellement, elle représente néanmoins un motif d’espoir pour le pays. Malgré la faiblesse des prix de l’uranium, la Namibie peut compter sur un secteur minier assez diversifié et les autres richesses de son sous-sol pour relancer son économie. Dissection.

 

Une économie dépendante du secteur minier 

L’exploitation minière représente un des poumons de l’économie namibienne. Septième économie d’Afrique australe et troisième en matière de PIB par habitant, le pays dépend énormément de ses ressources minières (diamant, cuivre, uranium, manganèse, zinc). Selon des données du ministère français des Affaires étrangères, les Mines représentent environ 10 % du PIB namibien. Toutefois, l’influence du secteur sur l’évolution de l’économie namibienne est bien plus importante. Plus de 50 % des exportations namibiennes en sont issues.

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La mine Rössing est exploitée depuis 1976.

 

Comme pour toutes les grandes nations minières, les richesses du sous-sol namibien sont un couteau à double tranchant, du fait de la volatilité des cours. En effet, autant leur contribution à l’économie est forte lorsque les prix sont en hausse, autant les recettes prennent un sérieux coup de mou en temps de chute des prix. La dernière grande crise du secteur minier qui a eu lieu en 2015, a ainsi grandement affecté la Namibie. L’impact de cette crise sur le pays a été encore plus grand, car l’uranium, son principal produit, ne s’en est pas encore véritablement relevé.

Les Mines représentent environ 10 % du PIB namibien. Toutefois, l’influence du secteur sur l’évolution de l’économie namibienne est bien plus importante. Plus de 50 % des exportations namibiennes en sont issues.

Au-delà de la contribution aux recettes nationales, le secteur minier emploie des milliers de Namibiens. C’est également, avec les infrastructures, le principal moteur des relations de la Namibie avec la Chine, devenue en 2018 le premier partenaire économique du pays.

 

Quatrième producteur mondial d’uranium

Selon la World Nuclear Association (WNA), le sous-sol namibien héberge 5% des réserves mondiales d’uranium. Cet immense potentiel attire depuis longtemps les investisseurs et a permis au pays, dès 1976, d’entrer dans le cercle des pays producteurs d’uranium avec la mine Rössing. Cette richesse contribue surtout à faire de la Namibie le quatrième producteur mondial d’uranium avec un volume estimé à 5525 tonnes en 2018, soit des milliers de tonnes devant le Niger, l’autre géant de l’uranium en Afrique (2911 t). Seuls le Kazakhstan, le Canada et l’Australie font mieux. 

La Namibie est le quatrième producteur mondial d’uranium avec un volume estimé à 5525 tonnes en 2018, soit des milliers de tonnes devant le Niger, l’autre géant de l’uranium en Afrique (2911 t).

Aujourd’hui propriété de la China National Uranium Corporation, la mine Rössing a livré, selon des données datant de fin 2017, un total de 112 453 tonnes depuis sa mise en production en 1976. Si ce volume est important, il faut noter que la principale mine d’uranium de la Namibie est aujourd’hui Husab. Une des plus grandes mines d’uranium au monde, celle-ci est devenue en 2017 le plus grand employeur de l’industrie minière namibienne. La mine est opérée par Swakop Uranium, filiale de la compagnie chinoise China General Nuclear Power Holding Corp.

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 Husab, première mine d’uranium de la Namibie.

 

En pleine production, la mine Husab devrait permettre à la production nationale d’atteindre les 8500 tonnes, faisant de la Namibie le 3e plus grand producteur d’uranium devant l’Australie.

D’autres compagnies sont également présentes dans le pays, à l’image de Paladin Energy, active à la mine Langer Heinrich depuis 2002. Une des plus grandes compagnies mondiales d’uranium, le français Orano (ex-Areva), est représentée en Namibie via sa filiale Orano Mining Namibia. Cette dernière détient la totalité du gisement de Trekkopje, ainsi qu’une usine de dessalement d’eau, tous deux situés dans la région de Swakopmund. La détérioration des conditions de marché de l’uranium a conduit Orano Mining Namibia à mettre le projet Trekkopje en veilleuse en octobre 2012. Citons également Deep Yellow, compagnie minière active au gisement de Tumas qui hébergerait une réserve de 14,8 millions de tonnes d’uranium. Elle a lancé cette année une étude de préfaisabilité pour ce projet censé démarrer entre 2023 et 2024. 

 

Loin de la volatilité de l’uranium, le diamant

La Namibie fait partie du top 10 des plus grands producteurs de diamants au monde, et toute sa production est alluviale. L’opération offshore de De Beers, Debmarine, produit plus de la moitié de la production namibienne, en volume et en valeur. Debmarine est actuellement la seule mine marine de diamants à grande échelle au monde. Elle est détenue par Namdeb Holdings, une joint-venture (50/50) entre De Beers et le gouvernement namibien. Le projet héberge, selon les estimations, plus de 80 millions de carats.

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Debmarine est actuellement la seule mine marine de diamants à grande échelle au monde.

 

Grâce à son partenariat avec De Beers, le pays a perçu près de 2 milliards de dollars namibiens en 2019 (120 millions d’euros) sous forme de redevance minière et d’impôts. Cette contribution est appelée à croître dans les années à venir, avec l’amélioration du rendement de l’exploitation sous-marine. Cela résulte notamment de la construction en cours d’un nouveau navire de récupération de diamants, qui sera le septième de la flotte de Debmarine. D’un coût de 468 millions $, le navire entrera en production en 2022 et devrait ajouter environ 500 000 carats/an de production supplémentaire à la capacité de la société. L’investissement, le plus important de l’histoire de l’industrie de diamants marins, augmentera d’environ 35% les niveaux de production de la compagnie tout en créant plus de 160 nouveaux emplois en plus des 975 employés actuels de Debmarine.

 « Grâce à cet investissement, nous serons en mesure d’optimiser les nouvelles technologies afin de trouver et de récupérer les diamants plus efficacement et de répondre à la demande croissante des consommateurs, partout dans le monde », a commenté Bruce Cleaver, PDG de De Beers.

 

Les autres matières premières

En dehors de l’uranium et du diamant, le sous-sol de la Namibie abrite diverses ressources minières comme le cuivre, l’étain et le zinc, sans oublier les terres rares. La production d’étain est principalement assurée par la mine d’Uis, propriété d’AfriTin Mining. La mine, qui a démarré ses activités en 2019, a la capacité de traiter jusqu’à 500 000 tonnes de minerai par an, produisant en moyenne 60 tonnes de concentré d’étain chaque mois. Dans le même temps, Trevali Mining, présente sur le projet Rosh Pinah, et Vedanta, à la mine Skorpion, exploitent du zinc dans le pays. Il ne faut pas oublier le sous-secteur du cuivre dans lequel opèrent notamment Trigon Metals à la mine Kombat ou encore Weatherly à celle de Tschudi.

Selon une évaluation économique préliminaire réalisée en 2014, Lofdal a la capacité de produire annuellement une moyenne de 1 500 tonnes d’oxydes de terres rares séparées.

Par ailleurs, le projet de terres rares Lofdal est également un atout important dans l’augmentation des revenus miniers de l’Etat. Ce minerai, dont l’approvisionnement mondial est principalement assuré par la Chine, représente un secteur où la Namibie pourrait se positionner idéalement.

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Les terres rares de Namibie pourraient représenter une alternative à la Chine.

 

Selon une évaluation économique préliminaire réalisée en 2014, Lofdal a la capacité de produire annuellement une moyenne de 1500 tonnes d’oxydes de terres rares séparées. Namibia Critical Metals, la compagnie propriétaire, a déjà signé un partenariat avec la société nationale japonaise de métaux (Jogmec) pour l’aider dans l’exploitation minière.

Facteurs d’échecs, facteurs de réussite

 La Namibie a un secteur minier assez diversifié, ce qui réduit son exposition à la fluctuation des cours. Pour renouer avec une croissance économique positive comme le prédit le FMI, le pays pourra certainement compter sur ses produits non uranifères. La route vers cet objectif n’est toutefois pas dénuée d’embûches. Déjà, la pandémie du Covid-19 qui frappe l’économie mondiale, si elle dure encore longtemps, risque d’impacter aussi la Namibie, voire l’empêcher d’atteindre ses buts pour 2020.

Si tous les voyants sont au vert en ce qui concerne les projets en préparation, un accompagnement étatique et une politique minière plus claire et actualisée de la part des gouvernants seront nécessaires si le pays veut tirer pleinement profit de ses richesses.  Outre un code minier vieux de plus d’un quart de siècle et plus forcément en phase avec les réalités actuelles, on peut reprocher au pays sa gestion sociale de la manne financière issue des gisements. Les richesses que produit le sous-sol namibien ne profitent en effet pas à la majorité de la population. Pas assez d’emplois créés et surtout pas assez d’intérêts publics dans les compagnies minières actives dans le pays. Les Noirs qui représentent un pan important de la population sont toujours plus ou moins tenus à l’écart des contrats miniers. 

Pas assez d’emplois créés et surtout pas assez d’intérêts publics dans les compagnies minières actives dans le pays. Les Noirs qui représentent un pan important de la population sont toujours plus ou moins tenus à l’écart des contrats miniers. 

A un moment où la plupart des nations africaines révisent leur charte minière pour tirer plus de revenus de la richesse de leur sous-sol, il est peut-être temps que la Namibie se joigne à la danse. Elle devra veiller à le faire en concertation avec l’industrie minière pour maintenir son attractivité sur la scène internationale. Selon le dernier sondage annuel de l’Institut Fraser publié cette année, la Namibie est la juridiction africaine la plus attractive en matière de politique minière pour les investisseurs internationaux. 

Louis-Nino Kansoun 

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