Présidentielle 2022 : l’hypothèse Baroin

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Le décor est prêt ; la pièce, déjà écrite. Un poids lourd de la droite nous expose le scénario. Premier acte : un scrutin des municipales positif pour Les Républicains, qui « expliqueront que c’est la victoire de LR et des maires », et un champion, François Baroin, président de l’Association des maires de France (AMF), plébiscité dans sa ville de Troyes (Aube). Deuxième acte : des ténors LR qui « se déploient pour dire que Baroin est le seul qui peut [les] faire gagner ». Troisième acte : un grand raout du parti, déjà prévu fin août à Nîmes, en présence de 2.000 jeunes, et dans la foulée la publication par l’intéressé d’un livre sur la laïcité. Reste une question qui taraude les metteurs en scène, à commencer par le président du parti, Christian Jacob : la vedette va-t-elle se décider à monter sur scène? Rien n’est moins sûr.

À Troyes, où il se dirige tranquillement vers une réélection au premier tour pour un cinquième mandat, Baroin esquive la question sur ses ambitions présidentielles. « C’est une décision individuelle qui m’appartient, dit-il. Et je suis insusceptible d’être sensible à toute pression, fût-elle de mes amis. » Tout juste assure-t-il qu’il compte bien continuer à « aider » son ami Christian Jacob dans le travail de construction d’un nouveau projet d’alternance. « Ce qui m’intéresse, ce sont les idées », dit-il.

Baroin « ne veut pas être le candidat qu’on conduit à l’abattoir »

« Plus on lui demandera et moins il répondra », sourit le président de la Région Paca, Renaud Muselier. Le questionnement de Baroin est d’abord politique : « Il ne veut pas être le candidat qu’on conduit à l’abattoir, dit un haut responsable LR. S’il y va, c’est pour gagner. » Mais il est aussi intime. « Il se sent prêt, mais il se pose la question de sa vie personnelle », selon un de ses interlocuteurs. En privé, Baroin évoque souvent le prix, pour ses proches, de l’aventure présidentielle. « Il a fait beaucoup de sacrifices dans sa vie politique et il se demande s’il doit encore sacrifier sa famille », résume Muselier.

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Baroin est beaucoup plus dans la logique d’une candidature qu’il y a quelques mois

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Ses partisans n’espèrent plus un signe de sa part avant l’automne. Voire après le congrès de l’AMF, en novembre. Mais quelque chose a changé dans l’atmosphère à droite. « Baroin est beaucoup plus dans la logique d’une candidature qu’il y a quelques mois, juge un haut responsable LR. Il considère que ­Macron est prenable. » Certains voient une indication dans son implication dans la campagne municipale hors de Troyes, en particulier à Paris, où il a participé à trois réunions publiques. L’intéressé douche vite les emballements : « Ce n’est pas un investissement politique, c’est un investissement auprès de proches », à savoir Agnès Evren et Francis ­Szpiner, têtes de liste dans les 15e et 16e arrondissements, et sa directrice de cabinet à l’AMF, Aurore ­Mouysset, candidate dans le 11e.

Pour autant, il fait une lecture très nationale de ce scrutin, dont il attend « une sanction supplémentaire » pour Macron et le début d’un « rebond » pour son camp. Il en est convaincu : « En marche va prendre une très grosse claque » les 15 et 22 mars. Si les scores des Marcheurs correspondent aux sondages, « ce sera une humiliation, et l’étiquette Macron aura été un handicap très lourd », prédit-il, concluant : « Un parti qui, près de trois ans après sa naissance, se retrouve dans cette situation, c’est un message très fort. »

Le soupçon de dilettantisme

Pour « déscotcher les derniers gens de droite encore collés à Macron », il ­entend « tourner la page de ce discours selon lequel il mène la politique que la droite aurait menée. Jamais on n’aurait mené une telle politique. » À commencer par la refonte de l’ISF, qu’il qualifie de « réforme de punition pour les propriétaires ». On est certes encore loin d’un projet présidentiel, mais « en 2020, il va continuer à se déployer, en montrant qu’il est là », parie un ténor de la droite. Par petites touches, mais sans se dévoiler.

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Dans sa carrière, quand Baroin a-t-il pris des risques?

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« Il n’a aucune raison de sortir du bois à deux ans de la présidentielle, souligne le président des centristes, Hervé Morin. Il deviendrait ­aussitôt une cible. » Tactique ou véritable hésitation, ce flou suscite des impatiences. Et réactive le soupçon de dilettantisme. « La politique, c’est prendre des risques, lâche un de ses détracteurs. Dans sa carrière, quand Baroin a-t-il pris des risques? » « À un moment donné, il faut rentrer dans l’atmosphère, prévient aussi le député LR Éric Woerth. Il faut qu’avant l’été il dise comment il veut contribuer au débat national. » Un de ses proches l’assure : « Quand il aura décidé, il sera inarrêtable. » Encore faut-il décider.

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