Des artisans locaux formés à la restauration

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Il peut paraître exagéré de le dire ainsi, mais Marc Morand, secrétaire patronal de la Fédération vaudoise des entrepreneurs, estime «avoir rapproché deux mondes qui ne se parlaient pas» en évoquant la nouvelle formation mêlant les artisans du bâtiment aux experts des monuments historiques. Elle vient de certifier ses quinze premiers participants.

«Lors d’interventions sur des bâtiments classés, on observait depuis longtemps une souffrance entre le monde académique et les entrepreneurs, ajoute Jean-Bernard Marclay, chef de projet. Il était temps de trouver un chemin entre la théorie et la pratique, mais aussi de doter nos membres de connaissances leur permettant de défendre le prix de leur travail.»

«Un atout majeur»

Selon l’inventaire du jour, le canton de Vaud compte 1800 bâtiments classés et, s’ils sont pour la plupart propriété de privés ou de Communes, l’État veille —quand il ne la dicte pas— à la manière de les rénover quand la question se pose. Ainsi, la Direction générale des immeubles et du patrimoine a immédiatement embarqué dans l’aventure.

«Le fait que des spécialistes locaux dotés de bases solides soient capables d’intervenir sur des bâtiments historiques est un atout majeur, assure Nicolas Meier, conservateur des monuments et sites. Quand vous avez à gérer des églises, des chapelles, des châteaux et des propriétés de caractère —qui ne sont pas toujours formellement classées—, il est important de pouvoir compter sur des professionnels qualifiés avec qui nous pouvons répondre aux enjeux de la protection d’un patrimoine très précieux.»

En effet, même si beaucoup de Vaudois avaient rebaptisé le service «Monuments hystériques», la donne serait en train de changer. «Nous travaillons avec de nombreux propriétaires qui souhaitent respecter l’esprit et l’histoire du bien dont ils ont la charge, poursuit Nicolas Meier. Ceux-ci nous interpellent, se renseignent beaucoup et sont prêts à investir dans ce sens.» Un intérêt qui se traduit notamment lors des Journées du patrimoine, dont le succès n’est plus à démontrer et qui représentent un marché important pour les entreprises.

La formation passe bien sûr par des salles de théorie, mais elle est aussi fortement axée sur la pratique. Des visites d’églises sont par exemple organisées, comme à celle de Sainte-Claire, à Vevey, ou à la cathédrale de Lausanne, histoire de s’imprégner totalement de la matière. Le menuisier doit «comprendre» le rôle joué par le sable, la pierre ou la peinture, le peintre celui du bois. «Dans ce domaine, on passe d’une cuillère à un chantier comme Notre-Dame», illustre Claude Veuillet, une pointure du domaine qui a confié son savoir aux «élèves».

«J’espère que cette formation va redonner le rêve du métier aux jeunes, parfois frustrés d’être derrière un ordinateur plutôt qu’à l’établi»

Claude Veuillet, spécialiste en rénovations historiques

Redonner du rêve

«Cette initiative, je l’attendais depuis trente ans, dit Claude Veuillet. Au contraire de notre industrie qui galope et permet de fabriquer des fenêtres en appuyant sur un bouton, la restauration d’un lieu emblématique demande de l’observer et de le comprendre. D’autant que l’ébéniste du village n’interviendra qu’une fois dans sa vie sur la chaire de l’église. J’espère aussi que ces cours vont redonner du rêve aux jeunes, parfois frustrés de travailler davantage derrière un ordinateur qu’à l’établi.»

Personne ne le conteste: les bâtiments classés présentent des contraintes et des coûts supérieurs dès l’instant où l’on y touche. Mais les subsides cantonaux et fédéraux, pouvant couvrir jusqu’à 40% du coût des travaux, encouragent les propriétaires à faire les choses comme il faut. Avec cette formation, qui sera renouvelée, la Fédération vaudoise des entrepreneurs espère que les PME locales seront désormais sollicitées en priorité.

Créé: 16.02.2020, 16h09

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