Affaire « Emana » : Et si on parlait de la polèh ?

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Et si loin d’être un phénomène isolé, la situation que décrit Achille Emana était simplement une réaction au bon vieil Appoleh , qui consiste à faire jouer en phases finales des « renforts », « mercenaires » en lieu et place de joueurs ayant amené l’équipe jusque là. Situation d’autant plus délicate que les joueurs dont il s’agit n’avaient à ce moment pas d’expérience internationale.


Depuis plusieurs jours, une vidéo de Emana sur le plateau de l’émission de RMC Sport, Vestiaires, circule. Durant les quatre minutes devenues virales, l’ancien international camerounais revient sur la Coupe du monde 2010 et la perte de sa place de titulaire au profit de joueurs qui n’avaient pas participé à la phase éliminatoire et dont Matip et Choupo-Moting.

Si les réactions sont aussi importantes, c’est parce que de cette expédition, reste une plaie qui a du mal à se refermer. Le début d’une longue rentrée dans le rang continental à peine masquée par le titre de 2017. Une période marquée par l’absence à deux Coupe d’Afrique des Nations en 2012 et 2013, les premières depuis 1994. Le tout à une période où nous avions des joueurs qui évoluaient dans les cinq grands championnats européens. Une période qui nous a familiarisés avec les bannissements et suspensions, preuves de malaises dans l’effectif.

Et si malgré le contexte, nous écoutions autrement les propos d’Achille Emana. En les lisant sous le prisme de la polèh. Cette situation que tous ceux qui ont joué au Cameroun, quelque soit le niveau ont connu. Vous faites partie d’une équipe que vous qualifiez pour un certain niveau de la compétition et pour le match important, on fait appel à des « renforts » (des divisionnaires) censés améliorer l’équipe.

Mboma victime en 1994

Au plus haut niveau, l’équipe nationale fonctionne de la même manière avec une équipe qui joue les éliminatoires et une pour la phase finale. Le schéma était le même, les pros prenant juste la place des divisionnaires. Combien de gardiens présents en stage ont dû céder la place au dernier moment à Nkono ou Bell ? Qui pense au joueur qui a été victime du retour de Milla en 1990 ? Personne n’était outré parce que ça fonctionnait. C’était acquis que c’était des renforts. Même quand il y avait des ratés, il y avait toujours des explications. Mboma et Missé Missé priés de laisser leurs places à Ndip et Milla en 1994 ? Le coach Nseke contraint de laisser la sienne à Henri Michel ? Rien à redire, parce que c’est l’expérience.

2010 marque un tournant. Après avoir marqué un point en deux matchs éliminatoires, tout ce que le Cameroun compte d’administratifs et de suiveurs fait de Paul Le Guen et son escouade des dépositaires d’une mission impossible alors que 12 points restaient encore à distribuer dont 6 face au leader gabonais dans une double confrontation. La mission mal calibrée – il ne s’agissait que du Gabon, du Togo et d’un Maroc démobilisé – a fini de convaincre les joueurs qu’ils avaient accompli une mission miraculeuse, laquelle ayant été lancée par un but de celui qui évoluait alors au Betis Séville.

Pourtant, à l’issue de la Can en Angola, les cartes seront rebattues ; la sélection voulant faire les yeux doux aux joueurs binationaux. Et c’est là que le bât blesse et qu’exprime le discours de Emana. Il lui est demandé de céder sa place, non pas à un valeureux ancien, mais à un joueur sans vécu international. À 28 ans, alors qu’il pensait enfin bénéficier de toutes ces années dans l’antichambre des Lions, il se voit dépasser par des joueurs qui n’ont jamais fait l’expérience de Mfandena (situation qu’il m’avait déjà confiée au sortir de la Coupe du monde à l’occasion d’une interview). C’est ce manque de vécu que dénonce l’ancien international, exactement comme son capitaine d’alors l’avait fait après le premier match contre le Japon, en réclamant, sur Canal+, son poste d’avant-centre au nom de son vécu internationalalors que ça faisait déjà quelques années qu’il jouait sur un côté en laissant l’axe à Achille Webo.

Loin de justifier les errements du groupe, il faut reconnaître que la situation était inédite. Des « renforts » moins expérimentés. Tous ceux qui suivent les Lions savent que le discours dominant chez les jeunes sélectionnés était alors « apprendre en attendant (son) tour ». Comme si l’expérience était la principale ressource pour participer à la vie du groupe. En souhaitant rajeunir le groupe pour travailler sur le long terme, Paul Le Guen a créé une autre forme de la polèh, qui n’était pas intériorisée par les joueurs. Elle a créé de la frustration, amené du soupçon et démobilisé un groupe dont les valeurs collectives avaient assuré la qualification à cette Coupe du monde. Et malheureusement symbolisé le lent déclin du football camerounais.

HK

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