Test des AirPods Pro d’Apple : déjà bien plus que des écouteurs

Les AirPods Pro d’Apple sont peut-être le produit le plus agréable de l’année.

Quiconque a passé de nombreuses années à observer, analyser, critiquer, commenter et tester la tech entre à un moment dans une forme de lassitude. Les révolutions sont rares, les produits se ressemblent tous et les projets trop radicaux ne touchent pas leur public et finissent par tomber dans l’oubli. En réalité, les objets pour lesquels on ressent un véritable attachement sont peu nombreux — car il faut bien plus que de la maîtrise technique pour passer dans la catégorie des produits à part.

Les AirPods Pro sont-ils de ceux-là ? Nous le pensons et nous avons essayé de comprendre pourquoi, en dix jours, nous n’arrivons plus à nous passer de cet objet.

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C’est peut-être une chose qui différencie Apple de ses concurrents et l’un des traits pour lesquels on apprécie ou rejette la marque. Le cahier des charges d’un produit n’est jamais fait d’absolus et de préconceptions liées à des caractéristiques techniques. C’est une chose visible sur les Watch : Apple a estimé que ces petits objets avaient besoin d’une puissance énergivore pour arriver à une expérience agréable et s’est dit que de toute façon, nous enlevions nos montres le soir — l’occasion de la recharger. Les constructeurs annonçant des autonomies en semaine pour leurs produits ne proposent pas, aujourd’hui, une expérience aussi fluide, dynamique et pratique tout au long de la journée.

Les AirPods reposent conceptuellement sur la même philosophie : si Apple s’était arrêté à l’autonomie en tant que valeur brute, proposer des appareils qui oscillent entre 4h30 et 5h de batterie n’aurait pas eu de sens, quand des casques sans fil affichent des dizaines d’heures d’usage au compteur. Mais voilà, Cupertino a ciblé l’usage et a fait entrer dans les habitudes une petite boîte qui vient aspirer les AirPods à chaque fois qu’on les enlève des oreilles. L’usage ? D’affilée, hors d’un trajet long en avion ou en train (et encore, on fait des pauses même dans ces transports), il est rare qu’on utilise un casque aussi longtemps en continu.

Apple AirPods Pro dans leur boîte // Source : Louise Audry pour Numerama

Et c’est en progressant dans ce cheminement de design d’objet que l’on s’aperçoit que tout, dans les AirPods Pro, répond exactement au besoin du nomade. Avec leurs embouts en silicone mous qui ne se clipsent pas sur un embout dur et leur système d’aération pour que les oreilles ne transpirent pas, les AirPods Pro s’effacent dès qu’ils ont été posés dans l’oreille. La forme proposée par Apple, assez étonnante de prime abord, convient étonnamment à la plupart des oreilles — quand celle des AirPods prêtait à débat.

On est dans la perfection du produit grand public : l’embout est si bien conçu et si bien intégré qu’il ne faut que trois tailles pour couvrir parfaitement la plupart des oreilles. À titre de comparaison, les excellents écouteurs de Sonymalgré leurs 6 embouts, ne sont jamais parvenus à entrer correctement dans nos oreilles. Quand ils tiennent à peu près, ils menacent de tomber et les formes anguleuses viennent toucher sans plaisir d’autres parties de l’oreille. Bref, tout excellents soient-ils pour quiconque a les bonnes oreilles, ils n’ont pas l’universalité des AirPods Pro.

C’est la première raison pour laquelle les écouteurs d’Apple semblent si désirables : en quelques minutes, et sans avoir mis la moindre musique, ils procurent une sensation de confort qu’on sait durable — comme s’ils avaient été conçus pour nous et non pour les millions de clients du géant de Cupertino.

Parfaitement insérés // Source : Louise Audry pour Numerama

Après le confort, vient tout de même la technique. Si les écouteurs sans fil sont aujourd’hui des produits chers (les meilleurs ne descendent pas au-dessous de 250 €, qu’il s’agisse des Powerbeats Pro ou des Sony WF-1000XM3), c’est parce qu’ils embarquent un équipement matériel complet bien au-delà du traitement du son. Apple a poussé le raffinement à son paroxysme. Sans même évoquer le processeur dédié, on peut lister de petites choses parfaitement exécutées, qui, mises bout à bout, créent une expérience incomparable.

Aucun embout en plastique dur qui fait mal à l’oreille // Source : Louise Audry pour Numerama
  • La sélection des modes. Apple ne s’embarrasse pas de niveau de réduction et préfère la simplicité. Le son peut être bloqué, amplifié ou la réduction de bruit peut être désactivée. Quand on l’active, un petit son en fade out vient faire la transition entre le bruit et le royaume du silence. Une hallucination auditive toute simple qui participe à nous mettre dans une bulle et à nous en sortir.
  • La réduction de bruit. Accompagnant le blocage passif du son proposé par des écouteurs parfaitement ancrés, sans douleur, dans les oreilles, les AirPods Pro proposent une réduction du bruit dynamique particulièrement bluffante. On sent vraiment que le monde s’efface autour de nous. Jamais le silence n’est complet : on entend toujours des choses, mais de manière étouffée et douce. C’est le processeur des AirPods Pro qui ajuste la réduction 200 fois par seconde, pour chaque oreille. D’ailleurs, pour parfaire l’expérience, Apple propose un tout petit test audio à faire pour savoir si les AirPods sont bien rentrés. Quand Sony vous demande de prendre en photo votre oreille, Apple vous fait simplement appuyer sur un bouton lecture.
Toute petite boîte // Source : Louise Audry pour Numerama
  • L’appairage. Apple oblige, tout est simple. Vous ouvrez le boîtier devant l’appareil à appairer et c’est fait : vous pouvez utiliser les AirPods Pro. Toute autre fonctionnalité d’appairage qui demande d’ouvrir un manuel pour trouver la combinaison de touches à appuyer pendant tant de secondes semble nous replonger au Moyen-Âge de la technologie. Passer d’un produit à l’autre est aussi chose aisée… tout comme partager un même flux audio sur deux paires d’AirPods ou de Beats : très pratique pour regarder une série avec une personne dans un train sur le même écran ou partager à deux un morceau de musique.
  • La boîte. Une fois qu’on a pris le coup de main, les AirPods Pro glissent parfaitement dans leur encoche et tombent dans la position prévue par Apple. Impossible de se tromper de sens. En plus, elle est vraiment plus petite que celles de la concurrence.
  • Les commandes capacitives et à reconnaissance de mouvement. La commande sur la tige est une excellente idée : on prend très rapidement le coup de main de passer d’un mode à l’autre ou de mettre en pause un morceau. C’est si agréable qu’on enlève beaucoup moins les AirPods Pro que les AirPods : on passe en Transparence pour répondre rapidement à un collègue. Quand on veut vraiment tout couper rapidement, enlever un écouteur suffit à tout mettre en pause.

Contrairement aux AirPods qui pouvaient faire mal à la longue et qu’on repose finalement assez souvent, les AirPods Pro n’ont presque pas bougé de nos oreilles — et nous ne sommes habituellement pas fans du format intra, lui préférant le traditionnel casque. C’est un signe de l’attachement rapide que l’on crée par rapport au produit et un signe qui montre aussi à quel point l’exécution est réussie. Comble pour des écouteurs : on a dû les utiliser bien plus souvent sans musique qu’avec de la musique. Les appels, aidés par la réduction de bruit, sont par exemple cristallins et nos correspondants nous entendent très bien.

Regrettera-t-on quelque chose dans cette expérience qui change notre rapport à l’audio au quotidien ? Oui : les AirPods méritent très largement un menu à eux. Aujourd’hui, pour les configurer, il faut aller dans Réglages, Bluetooth et appuyer sur le petit i cerclé à côté de l’appareil. On dirait l’intégration d’un produit nouveau à une interface extrêmement datée et pas prête à l’accueillir. N’évoquons même pas la compatibilité avec Androidqui assure simplement le strict minimum : appairer les écouteurs et utiliser les réglages configurés sur un appareil iOS.

Un écosystème maîtrisé // Source : Louise Audry pour Numerama

Il est toujours difficile de donner un avis sur un produit audio, tant la perception musicale est chose subjective. Une oreille non aguerrie ne verra pas la différence entre les gammes. Qui plus est, on revient à la question initiale : a-t-on vraiment besoin d’une écoute haute fidélité de morceaux sans compression quand, de toute façon, nous évoluons dans un environnement bruyant et plein de frictions ?

La rue, le métro, le bus ou les transports longue durée ne sont pas des espaces où l’on peut profiter de la musique et le meilleur des casques ne pourra pas faire grand-chose contre le brouhaha en fond sonore ou ce coup de klaxon qui interrompt une symphonie. C’est pour cela que, une fois que l’on a compris l’usage majoritaire de ce type de produit, on ne peut que les considérer comme adaptés à leur environnement. Vous ne retrouverez pas le confort d’un salon, ni votre ampli à lampe, ni vos enceintes 5.1. Mais est-ce que c’est ce que l’on cherche ? Absolument pas et les AirPods Pro sont très largement capables de produire un son puissant et de s’adapter à vos écoutes.

Notre playlist bingée pour le test a été extrêmement satisfaisante à l’écoute — à tel point que nous avons remisé tous nos autres dispositifs d’écoute. Le son crade et compressé d’un Neil Young période Hey Hey My My s’exprime dans toutes ses imperfections, avec des guitares lourdes et des soli parfaitement tranchants. La voix ressort parfaitement par-dessus ces saturations. Le grand écart vers les Rough Trade Session de Weyes Blood ou la voix envoutante d’Alma Forrer sur L’année du loup est parfaitement exécuté, les AirPods Pro étant carrément à l’aise sur les sonorités électro travaillées, laissant poindre les différentes pistes sans les embrouiller. Même constat sur JESUS IS KING de Kanye West ou Arvoles d’Avishai Cohen : jamais les AirPods ne semblent en faire trop sur une fréquence, des enchaînements de contrebasse complexes au gospel de Yeezy.

C’est peut-être sur le métal un peu plus industriel que les AirPods Pro nous semblent moins plaisants — mais l’avis reste subjectif. Le dernier Rammstein n’arrive pas à prendre d’ampleur, comme si sa compression sur Apple Music était trahie par les écouteurs à chaque parole. On se croit parfois dans les années 2000 à écouter les mauvais MP3 téléchargés sur Kazaa. Même constat, quoiqu’un peu moins prononcé, sur le dernier Slipknot, We Are Not Your Kind. Et encore : nous parlons d’écoutes attentives en vue d’obtenir un jugement. Peut-être n’aurions-nous pas été si déçus en usage réel, dans les transports ou au bureau.

En clair, le plus petit objet d’Apple est peut-être, en cette fin d’année, son plus grand produit.

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En bref

Apple AirPods Pro

Note indicative : 5/5

Les AirPods Pro sont l’un des objets technologiques les plus aboutis de cette fin d’année. Après avoir popularisé le format écouteurs sans fil avec les AirPods, Apple profite de 3 ans d’expérience pour prendre de très larges longueurs d’avance sur la concurrence.

Annoncés sans conférence, les AirPods Pro sont très vite devenus indispensables dans notre quotidien : en seulement dix jours de test, nous avons l’impression d’avoir un produit si ancré dans nos habitudes et répondant si parfaitement à nos besoins qu’il parait nous avoir accompagné une décennie durant. Et ce, avec ou sans musique.

Top

  • Ergonomie et conception parfaite
  • Aussi agréable avec que sans musique
  • Réduction de bruit intelligente

Bof

  • Écosystème Apple quasi-obligatoire
  • Configuration avancée difficilement accessible
  • En mode Transparence, les gens ne savent pas que vous les entendez

Who’s who

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