Nouvelle-Zélande : comment la présidentielle française a fait basculer le terroriste

C’est un long texte de 73 pages. Un manifeste utilisé par Brenton T., l’homme australien de 28 ans impliqué dans les attentats meurtriers contre des mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, pour tenter de justifier son action, qui semble préparée de longue date. Intitulé « Le Grand Remplacement », ce document déclare que le tireur voulait s’en prendre à des musulmans. Le titre semble être une référence à une thèse de l’écrivain français Renaud Camus sur la disparition des « peuples européens », « remplacés », selon lui, par des populations non européennes immigrées, qui connaît une popularité grandissante dans les milieux d’extrême droite.

Dans le manifeste, l’auteur présumé des deux attentats dit qu’il est né en Australie dans une famille aux revenus modestes et avoir 28 ans. Il déclare que les moments-clés de sa radicalisation furent la défaite de la dirigeante d’extrême droite Marine Le Pen à la présidentielle française de 2017 et une attaque au camion qui a fait cinq morts à Stockholm en avril 2017, dont une fillette de 11 ans.

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« Un ex-banquier » et « une chiffe molle »

Dans sa longue tentative d’explication, il souligne l’impact qu’aurait eu dans sa bascule idéologique le duel de l’élection présidentielle française 2017. Sans les citer, il désigne ainsi les deux candidats sous des termes peu amènes. D’un côté, « un ex-banquier mondialiste, capitaliste, anti-Blancs » et de l’autre « une chiffe molle incapable, quasi nationaliste, une figure peu controversée dont l’idée la plus brave et la plus inspirée était une possible déportation des migrants illégaux ». L’auteur présumé des attentats précise aussi ne pas être un partisan du Front national, qu’il décrit comme « un parti de miliciens nationalistes civiques, complètement incapables de créer un réel changement et sans plan viable pour sauver leur nation. »

Après l’élection et la victoire d’Emmanuel Macron, il explique que son espoir pour « une solution démocratique s’était évanoui » et qu’il était « incapable d’accepter la réalité de la situation politique en Europe ». Quelques lignes plus loin, il insiste à nouveau sur la France en expliquant que c’est en voyant les villes de l’Hexagone qu’il aurait définitivement basculé. Décrivant des villes en proie aux « des envahisseurs », il précise que c’est dans un cimetière militaire, face aux croix blanches, qu’il aurait finalement craqué. « Pourquoi est-ce que personne ne fait rien ? […] C’est là que j’ai décidé de faire quelque chose. C’est là que j’ai décidé de passer à l’action, de recourir à la force. De commettre des violences. »

Un lien avec Breivik

Le texte est parsemé de plusieurs références à Donald Trump, « défenseur de la cause blanche » et à Anders Breivik, le terroriste norvégien, auteur de la tuerie d’Utøya. S’il revendique le fait de représenter « des millions d’Européens », le tireur nie en revanche être lié à un groupe ou une organisation. Il aurait reçu la « bénédiction » des Chevaliers du Temple, assure-t-il. Ce groupe, comme le rappelle Le Devoir, est né en 2002 à Londres et regroupait à l’origine neuf militants européens d’extrême droite qui prenaient alors l’engagement de prendre le pouvoir et éradiquer l’islam en Europe. Anders Breivik était notamment l’un d’entre eux.

Quelques pages plus loin, le tireur présumé assure aussi qu’une autre mosquée, située à Ashburton était visée. « Je ne sais pas encore à l’heure d’écrire ces lignes si j’arriverai à atteindre cette cible. C’est un objectif bonus », décrit froidement l’homme de 28 ans. On peut aussi découvrir ce que devrait être sa stratégie de défense face à la justice, il compte en effet « plaider non coupable. Cette attaque était une action partisane contre une force d’occupation et je suis un combattant légal, en uniforme. » À terme, il considère même pouvoir obtenir le prix Nobel de la paix, n’hésitant pas à se comparer à Nelson Mandela.

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