La “Ligue du LOL”, le scandale de cyberharcèlement sexiste qui éclabousse les médias français

“La Ligue du LOL a-t-elle vraiment existé et harcelé des féministes sur les réseaux sociaux ?” En posant cette question ce week-end à Check Newsle média de “fact checking” (vérification de l’information) développé par le quotidien français Libérationun internaute a lâché une véritable tornade sur la sphère médiatique hexagonale… Que sait-on de ce groupe de journalistes aujourd’hui influents et qui sont accusés d’avoir, par le passé, cyber-harcelé des confrères et consœurs et autres internautes en toute impunité ? On fait le point.

La “Ligue du LOL” désigne le nom d’un groupe privé Facebook, créé à la fin des années 2000. Elle regroupe une trentaine de personnes – hommes blancs pour la plupart – issues de nombreuses rédactions de médias parisiens, du monde de la publicité ou de la communication. Sous couvert de l’humour, entre-autres, ces individus très influents sur Twitter (auto-proclamés“les caïds de Twitter”), faisaient subir un harcèlement permanent aux femmes, féministes engagées, personnes racisées et LGBTQI+. Cette démarche avait pour but non-avoué de marginaliser et/ou d’écarter des femmes de la profession de journaliste et de construire un réseau de solidarité masculine.

Certains des membres de la “Ligue du LOL”, sont devenus des journalistes en vue et/ou rédacteurs en chef de médias qualifiés de “progressistes”, se revendiquant même féministes. On retrouve notamment dans le tas des plumes de Slate.fr (référence de presse en ligne) Les Inrocks (référence de la presse culturelle) et… Libérationarroseur arrosé.

C’est une bonne question. Pourquoi n’en a-t-on pas parlé plus tôt, alors que la “Ligue du LO”L a poursuivi ses agissements pendant une dizaine d’années. Précisément pour les raisons pré-citées : discréditées et marginalisées, les personnes harcelées ne parvenaient simplement pas à se faire suffisamment entendre. Certaines victimes n’osaient tout simplement pas parler, de peur de perdre leur travail.

Depuis ce week-end, c’est différent. L’article de Libération (à lire avec des pincettes car d’anciens membres de la “Ligue du LOL” s’y expriment), a libéré la parole des victimes qui, sur Twitter, racontent le harcèlement subi : photo-montage à caractère pornographique, pluie de commentaires condescendants, grossophobes, homophobes, racistes… Hallucinant, et surtout, effrayant quand on imagine la portée de la voix des auteurs de ces messages à travers leur média et leur influence sur le lectorat.

Dans une lettre ouverte émouvante intitulée “Ma Ligue du LOL”, la militante et écrivaine Daria Marxco-fondatrice du collectif Gras Politique qui se bat contre la grossophie écrit : “Ils savaient très bien. Bien sûr qu’ils savaient. Ils savaient qu’on pleurait. Ils savaient qu’on était touchées. Ils savaient qu’on avait peur. Ils se sont calmés quand le féminisme est devenu chic. Tendance. Ils se sont calmés quand certaines femmes sont devenues puissantes. Ils se sont calmés parce qu’ils ont accédé à des postes importants. Plus le temps de faire de la merde quand on est rédacteur en chef des Inrocks j’imagine.” 

Depuis les “révélations” de ce week-end, certains membres de la “Ligue du LOL” ont fait leur mea-culpa, évoquant des “erreurs de jeunesse“. Vincent Gladjournaliste de Libération et fondateur du groupe Facebook en 2008 explique avoir pris du recul et laissé la main à d’autres membres après que sa “création” ait “échappé à tout contrôle”. D’autres relativisent et se défendent presque sur leur compte Twitter, comme Alexandre Hervaudégalement journaliste chez Libération : “Aux personnes qui se sont senties visées ici ou ailleurs depuis 11 ans par une ou plusieurs de mes saillies ricaneuses, je peux difficilement dire autre chose qu’un sincère ‘je m’excuse, c’était vraiment pas malin, et ça ne se reproduira plus'”. Le journaliste a été écarté par sa rédaction.

L’heure est encore aux révélations. Que se passera-t-il après ? Les excuses suffiront-elles à éviter les démissions des individus concernés ? Quid de tous les autres, les “anciens membres” qui ont pris soin d’effacer leur tweets les plus problématiques quand le tonnerre commençait à gronder ? Les réponses méritent d’être à la hauteur de l’ampleur des révélations. Va-t-on donc assister à une vague de démissions ? Comment les lecteurs pourront-ils encore se fier à des articles rédigés avec le venin de langues de vipères ?

Une chose est sûre, le journalisme en prend une nouvelle fois pour son grade. Et la profession, qui navigue au cœur d’une crise sans précédent (érosion chronique des ventes des journaux, rupture de confiance avec le public, avènement des fake news…), s’éloigne encore un peu plus de l’œil du cyclone.

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