Suisse: Mazout: ceux qui rient et ceux qui pleurent

Mazout: ceux qui rient et ceux qui pleurent

Image d’illustration. Image: KEYSTONE


Le texte bernois était ambitieux: il entendait limiter drastiquement le recours au mazout et encourager la production d’énergies renouvelables. Cela devait permettre au canton de Berne d’économiser 50 000 tonnes de CO2 dans les vingt prochaines années. Mais les urnes ont parlé et, à 3000 voix près, le durcissement a été refusé. Si cela réjouit l’Union pétrolière (lire l’encadré), les adversaires du mazout sont dépités.


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Stefan Batzli est le directeur d’AEE Suisse, l’organisation faîtière de l’économie des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Pour lui, la décision bernoise est regrettable. Il estime que le souverain a laissé passer une chance importante. Interview.

Après le refus des Bernois, on vous sent en état d’alerte?
La loi voulait récompenser les propriétaires qui dépendent des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. C’est bon pour le portefeuille du propriétaire et pour le climat. À long terme, les solutions renouvelables sont moins chères que les systèmes de chauffage au mazout conventionnels. Désormais, dans le canton de Berne, nous nous trouvons dans une impasse. Car la décision n’est pas claire. Nous avons besoin de plus d’engagement des autres cantons. Il est sûr que si les Cantons ne décident pas, c’est la Confédération qui doit réglementer. Nous avons besoin d’une législation efficace en matière d’énergie et de climat.

Qui sont les grands perdants et que perdent-ils au juste?
Les propriétaires ont perdu. Les biens immobiliers qui ne reposent pas sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique perdront de la valeur. Ceux qui n’investissent pas aujourd’hui devront payer plus cher à l’avenir.

Est-ce que la Suisse, d’une manière générale, traîne les pieds?
Nous avons dit deux fois OUI en 2017: à la Stratégie énergétique 2050 et à l’accord de Paris sur le climat. Maintenant, nous devons mettre en œuvre ces décisions. Nous allons de l’avant, comme le montrent les décisions des cantons Vaud, de Bâle-Ville, de Bâle-Campagne, d’Obwald et de Lucerne. Mais il faut aller plus vite. Si les Cantons continuent d’hésiter, la Confédération doit réglementer.

Sommes-nous à ce point en état d’urgence qu’il faille déclarer la guerre à nos bonnes vieilles chaudières?
La loi de Berne n’était qu’un petit pas dans la bonne direction. Si nous voulons arrêter la crise climatique, nous devons faire beaucoup plus. Les chauffages au mazout sont le gros problème. À terme, ils doivent être interdits.

Les beaux slogans en faveur de la transition énergétique, la Stratégie 2050 de la Confédération, l’accord de Paris… Tout cela est-il bien réaliste?
Bien sûr. Il n’y a pas d’alternative. La tendance mondiale va dans cette direction. Si la Suisse n’y va pas, elle perdra. Une politique climatique efficace est toujours, aussi, une bonne politique économique. C’est la réalité.

Alors que faire concrètement pour que ça aille plus vite?
Il y aura d’autres votes dans d’autres cantons. Au niveau fédéral, nous nous battrons pour une loi forte sur le CO2. Je suis sûr que nous gagnerons à nouveau. La politique est un peu lente. Mais la révolution énergétique est en marche, que cela nous plaise ou non.

(24 heures)

Créé: 11.02.2019, 19h08

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