Djihadistes rapatriés en France : « Assumer un tel retour revient à assumer un jour un risque de récidive terroriste »

Pour réduire le risque que représente le retour sur le territoire national de djihadistes français, mieux vaut une approche individualisée plutôt qu’une procédure standardisée, estime le chercheur Jean-Luc Marret dans une tribune au « Monde ».

Par Jean-Luc Marret Publié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 06h13

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Tribune. Le retour précipité de ressortissants français – hommes, femmes, enfants –, par le fait du retrait unilatéral américain de Syrie, oblige à des décisions difficiles qui pourraient bien avoir un impact politique – et donc électoral – décisif. Assumer un tel retour, même discret, revient en effet à assumer un jour un risque de récidive terroriste.

Personne, en effet, ne peut garantir un danger zéro. On a considéré comme intolérable l’inconvénient que « nos » djihadistes soient libérés par des autorités kurdes ou autres et qu’ils disparaissent ainsi dans la nature – cette assertion revient à dire soit que les prétentions des acteurs sur le terrain à jouer pour nous les gardes pénitentiaires étaient exorbitantes, soit qu’une disparition dans la nature représentait un inconvénient majeur pour notre sécurité, comme si le passage en détention en France était une opération nécessairement positive pour notre société. Dès lors, il fallait faire d’un inconvénient un avantage.

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Dans cette affaire, les divergences entre majorité et opposition reposent sur des visions très contrastées de la réalité. Dire par exemple « ils sont français avant d’être djihadistes » a l’apparence d’une conception généreuse de la société française, pour le coup particulièrement inclusive, et peut être aussi conforme à la solidarité, disons légale, due à des citoyens français, mais cela mérite un examen sérieux.

« On remarquera sans naïveté que tout passeport occidental, et donc français, est un outil parfait. C’est un excellent moyen de mobilité globale »

II faut admettre par exemple que l’invocation de la mère patrie, ces derniers temps, par un certain nombre de djihadistes ne repose pas forcément toujours sur un amour sincère et inconditionnel de notre pays, mais plutôt sur l’utilisation pragmatique d’une possibilité légale pour échapper à la dureté d’une détention au Proche-Orient, voire à la mort.

On remarquera aussi sans naïveté que tout passeport occidental, et donc français, est un outil parfait. C’est un excellent moyen de mobilité globale. Le djihadisme étant aussi une forme internationaliste de solidarité, alors que la nationalité française – un pays de kufr [mécréants] pour certains – est pour eux en général une vicissitude, un inconvénient, mais peut aussi devenir un moyen utile pour franchir les frontières et, en dernier ressort, une assurance. Le djihadiste est en effet tristement humain de ce point de vue : quand l’organisation Etat islamique (EI) semblait triompher, la France paraissait bien loin. L’EI effondré, notre pays retrouve miraculeusement un intérêt vital pour un certain nombre de personnes.

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